Enrico Macias obligé de renoncer à accompagner le président français sous la pression du chef du gouvernement en personne ; l’insoluble question des excuses officielles de la France qui redevient un préalable en Algérie, embarrassant Sarkozy qui y est farouchement opposé ; le ministre algérien des Affaires étrangères vertement désavoué par ses collègues du gouvernement pour avoir eu, à Paris, une « réponse diplomatique » sur la question ; Sarkozy vertement attaqué par un ministre algérien sur ses origines juives et sur sa proximité avec le lobby juif… La planche est parfaitement savonnée : le président français peut venir, il sera en terrain glissant.
Jamais visite officielle d’un chef d’Etat étranger n’a été précédée de tels affronts diplomatiques.
Qui veut saboter la prochaine visite de Sarkozy ?
En l’état des lieux actuels, deux hypothèses s’imposent. La première, la moins pénalisante, est d’ordre principiel : une partie du pouvoir, ulcéré par l’arrogance des propos néo-colonialistes de Sarkozy, entend lui rappeler qu’il ne vient pas en terrain conquis. La seconde est plus inquiétante : la visite du président français est devenue un enjeu de politique interne. On peut supposer que des clans qui restent à identifier, et qui obéissent à des intérêts divers, entendent signifier à la France que le tête à tête avec Bouteflika est terminé et qu’il s’agit de compter aussi avec eux à l’avenir. Mais on peut aussi imaginer que le maître d’œuvre de ce travail de torpillage soit le président Bouteflika lui-même. Quel meilleur moyen, en effet, de se mettre en valeur et d’engranger la sympathie occidentale à l’approche de la bataille du troisième mandat, que d’apparaître comme l’ultime recours dans un pays livré « aux conservateurs nostalgiques » !
Bref, le voyage de Sarkozy aura au moins servi à apprendre une chose : la campagne présidentielle a commencé…
Le Matin
