Le Matin d'Algérie

Libye : "La capacité à réagir du colonel Kadhafi a été sous-estimée"

Chat avec Michel Goya, colonel, directeur d’études à l’Institut de recherches stratégiques de l’Ecole militaire

Des rebelles anti-Kadhafi préparent une défense anti-aérienne non loin de la ville d’Ajdabiya, mercredi 23 mars. AFP/ARIS MESSINIS

Hervé : Connait-on exactement l’armement militaire qui a été détruit depuis les bombardements ?

Michel Goya : Cette mission comprend deux aspects : le premier concerne la maîtrise du ciel par la destruction de l’armée de l’air pro-Kadhafi et de son environnement (bases, défenses aériennes, logistique, réseaux de commandement, etc.) et le déserrement de l’étau des forces terrestres autour de Benghazi.

La maîtrise du ciel est désormais pleinement acquise. Les forces aériennes pro-Kadhafi, par ailleurs très réduites, sont neutralisées.

En ce qui concerne l’action contre les forces terrestres, beaucoup plus complexe, nous savons que les forces de la coalition et, en particulier l’aviation française, ont détruit environ une vingtaine de véhicules blindés près de Benghazi, ce qui a suffi à obtenir un retrait des forces pro-Kadhafi.

Arapirou : Comment expliquer la résistance de l’armée régulière libyenne dans des configurations « classiques » (et non pas de guérilla urbaine), telle que le maintien des blindés au carrefour stratégique d’Ajdabia, que les forces aériennes ne semblent pas en mesure de déloger ?

Il est beaucoup plus difficile de neutraliser des forces terrestres nombreuses, dispersées, proches de la population que de grandes bases aériennes.

Les frappes aériennes sont surtout efficaces contre des concentrations de véhicules et d’armements lourds bien identifiés.

En cela, elles permettent effectivement d’enrayer toute attaque importante contre Benghazi.

En revanche, il est beaucoup plus difficile de neutraliser l’ensemble d’une force de 40 000 hommes incrustés sur le terrain. Cela demandera beaucoup plus de temps.

Julien : Le « basculement » d’une unité de blindés du côté des insurgés pourrait-il constituer la clé d’une contre- offensive?

Oui parce que, d’une part, cela pourrait signifier le début de l’effondrement de l’armée pro-Kadhafi et, d’autre part, car cela donnerait à la rébellion des moyens lourds qui lui manquent cruellement.

Il faut noter aussi que la ressemblance entre les adversaires du point de vue des équipements rend l’action des forces aériennes encore plus délicate.

Nicolas F : Pouvez vous nous confirmer la présence de forces armées de la coalition au sol, justifiée par le fait de faire la distinction – logique – entre ami et ennemi ?

Je ne peux rien confirmer en la matière. Mais il est évident que si l’on veut réduire au maximum les risques d’erreurs de frappes, il est préférable de disposer d’équipes spécialisées capables depuis le sol de guider les bombes avec le maximum de précision.

Hamaticy : Pensez-vous vraiment que cette intervention puisse être concluante sans intervention au sol ?

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