Machiavel disait dans « Le Prince »: – Martelez le mensonge et il prendra les contours de la vérité….
Il semblerait alors que ce soit la voie choisie par le Ministre des affaires étrangères Monsieur Medelci qui enchaine les démentis sans convaincre personne même quand il affirmait il y a peu lors d’une récente conférence de presse donnée à Alger où il répondait à une question sur l‘acheminement de mercenaires vers la Libye: – «Nous n’avons pas d’informations sur qui peut être derrière ces affabulations, mais nous affirmons que ce sont des paroles vaines et sans importance pour nous», a précisé M. Medelci. Le chef de la diplomatie Algérienne a ajouté que «ces allégations insidieuses vont à l’encontre de la position doctrinale, bien connue, de l’Algérie qui récuse, de manière absolue, l’ingérence dans les affaires intérieures des Etats». (El Watan du 1er Mars 2011.)
Or, démentir le recours à des mercenaires par l’état Algérien revient à nier l’affaire des Golf Noires pendant les émeutes du 5 Octobre 1988.
Pire que cela, le gouvernement Algérien ne fait pas que démentir, il accuse la communauté Targuie de fournir l’essentiel des mercenaires servant de chair à canon au dictateur Libyen. (El Watan du 4 Mars 2011) et à ce propos, pour un régime qui puise ses ressources dans la manipulation de l’inconscient collectif, il est dans la logique du système de désigner des boucs émissaires surtout quand il s’agit de justifier les échecs du pouvoir.
Une technique vieille comme le monde qui consiste à faire l’unanimité en amenant le peuple à communier dans la haine. Au début, il y a eu les Algériens Francophiles que le pouvoir a désignés comme des reliquats de la colonisation puis ce fût le tour des Islamistes à l’actif desquels l‘état Algérien a même donné un coup de pouce avec les terribles massacres de l‘été 1997. Puis à son arrivée au pouvoir, Bouteflika a désigné les Kabyles au moyen d’une grossière manipulation/provocation par l’assassinat du jeune Massinissa Guermah. Une manipulation que le pouvoir s’acharne encore à entretenir avec la création du MAK et son soi-disant «gouvernement » en exil pour mieux cristalliser la haine autour de nos frères Kabyles en accusant ces derniers de velléités sécessionnistes et les faire passer ainsi comme des traitres à la nation.
Dernièrement, avec l’affaire Baba Nedjar c’était au tour de la communauté Ibadhite du M’zab de faire l’objet des manœuvres délétères du pouvoir. Parallèlement à tout cela, ils ont réussi à isoler les Moudjahidine du reste de la population en leur accordant des privilèges insensés aux dépens des Algériens.
Dès lors, coincés entre la hantise de l’isolement régional et leur devoir de fidélité envers un ami de plus en plus encombrant dont ils redoutent un retour certes de plus en plus hypothétique mais encore possible aux affaires, Medelci et son gouvernement sont pris de panique et se mêlent allègrement les pinceaux en se rabattant sur les Touareg qu’ils accusent tour à tour de terrorisme Islamiste dans la région du sahel puis de mercenariat au profit du Guide éclairé de la Djamahiriya.
Mais alors Re-question Monsieur Medelci! Puisque vous prétendez que l’Algérie n’a jamais eu recours au mercenariat, que fait donc à Alger la société GEOS? (Article de Florent Bouchardeau, Rue89 du 25 Juin 2007). Cette même société présentée comme une entreprise d’intelligence économique et politique, une sorte de Joint-Venture Barbouzarde récemment encore décriée dans un article de Rue89 pour une sombre histoire d’espionnage industriel dénoncée par lettre anonyme à partir d’Alger contre le groupe Industriel RENAULT.
GEOS est en réalité une société de mercenariat fondée au début des année quatre vingt dix à l’initiative conjointe du Général Smaïl Lamari chef du service de renseignement extérieur au D.R.S. et du Général Schmidt alors chef du service Action/Exploitation de la D.G.S.E. Ce même ancien Capitaine Schmidt dit Prosper, exécuteur de basses œuvres et autres œuvres de basse police à la villa Sésini, Officier du G.R.E. commandé en 1957 par le Colonel Godard et plus tard assigné au tribunal de grande instance de Paris sous l’accusation de tortures et de crimes de guerre par Madame Louisette Ighilahriz.
Etrange cette fascination des agents du D.R.S. pour les anciens tortionnaires de la 10° D.AP.! Réduite à un contexte plus modeste, on parlerait même du syndrome de Stockholm…
Or, pour revenir à ce qui nous intéresse, le renseignement est bien selon Clauswitz une arme de guerre activant en temps de paix! Laquelle arme confiée à une société par actions s’appelle à moins que je ne me trompe une entreprise de mercenariat.
Quelques jours auparavant, répondant à une question de Jean Pierre Elkabach dans une émission de la chaine parlementaire L.C.P., demandant si Bouteflika voulait briguer une présidence à vie , Mr Mourad Medelci a eu cette réponse presque spontanée s’il n’avait pas eu connaissance des questions la veille de l’émission: – C’est une blague?
Ce qui dans l’art d’enfoncer des portes ouvertes équivaut à une prouesse. Il ne saurait si bien dire et il avait raison, d’autant que la réélection de Bouteflika à 94% pour un troisième mandat en était déjà une bonne et des meilleures!
Mais les écarts de Monsieur Medelci remontent à bien longtemps avant puisque reprenant les propos de Mr Farouk Ksentini sur la tragédie nationale des années quatre vingt dix, il aurait solennellement déclaré devant la commission des droits de l‘homme des Nations Unies: L’état Algérien est responsable mais pas coupable! Rien que ça! Une formule somme toute étrange dans un pays où selon les règles du droit connu et convenu, la responsabilité civile est assujettie à la culpabilité selon la formule consacrée en droit Algérien, « Le pénal tient le civil en l’état » mais qu’à cela ne tienne, l’Algérie n’est pas la France et donc on n’y rend pas compte de ses incontinences fût-ce verbales et quand bien même cela serait, envers et devant qui? Une assemblée de Béni oui-oui même pas élue dans un hémicycle à la Caligula?
Parce que c’est avec ça que Monsieur Medelci compte surfer sur la vague de l’émancipation du monde Arabe en poussant à la surenchère devant Jean-Pierre Elkabach toute réserve régurgitée: – L’Algérie a déjà accompli sa révolution démocratique le 5 Octobre 1988, cela a ouvert la voie à l’obscurantisme Islamiste.
Ce qui signifierait en clair: Les Arabes ne sont pas faits pour la démocratie, l’Islamisme vous guette, empêchez les de s’émanciper, faites barrage à la démocratie ou vous allez le payer très cher!
En fait, la triste réalité est réduite en ce que Monsieur Mourad Medelci n’a pas encore compris que la Méditerranée est en train de vivre aujourd’hui une de ces révolutions qui ont en leur temps généré les grandes mutations civilisationnelles de l’histoire comme il en arrive une fois tous les deux ou trois siècles, celles où les tyrans finissent par se persuader que tout l’état de droit ou de non droit pourrait reposer sur leur seule décision jusqu’à ce que les sociétés explosent après avoir mûri sous le poids de l’injustice et des humiliations dictées par la stupidité humaine.
Le processus de démocratisation au Maghreb Arabe, est devenu irréversible dans une sorte de rouleau compresseur auquel même l’Algérie n’échappera pas dès lors que les démocraties Occidentales ont parfaitement compris qu’elles tenaient là, l’occasion ou jamais de leur vie pour s’amender d’une des plus grosses mystifications de l’histoire comme la diabolisation de l’Islam au moyen de l’organisation fantôme comme El Qaïda au seul profit de petites dictatures devenues de plus en plus envahissantes et tout juste capables de générer des flots ininterrompus de boat people bien qu‘assises sur des richesses inestimables.
Mais bien au-delà et c‘est le plus important, ils ont également compris que la démocratie au Sud de la Méditerranée est la seule garantie pour un partage équitable par une juste répartition des richesses contre la promesse d’un futur prospère apte à fixer les populations actives et ainsi préserver l’Europe des flux migratoires dont l’intensité menacerait jusqu’à l’équilibre culturel.
Hier soir, au journal de vingt heures, une chaine publique Française a fait état d’une éminente prouesse scientifique avec une première chirurgicale consistant en la pose de bronches artificielles sur les poumons d’un patient atteint d’un cancer et la surprise était de voir un chirurgien Maghrébin dans l’équipe de ces illustres savants.
Le retard que nous avons sur ces gens là est certes sidéral mais je suis sûr que nous pourrions facilement le combler si des Medelci, Bouteflika et le Général Toufik n’avaient pas squatté le pouvoir dans un pays comme l’Algérie.
Iskander DEBACHE.
