Le Matin d'Algérie

Explosif. La justice égyptienne soupçonne l’ancien ministre de l’Intérieur d’avoir secrètement organisé l’attentat contre l’Eglise copte.

Le procureur général de l’Égypte a ouvert lundi une enquête sur le rôle qu’aurait joué le ministre de l’Intérieur sortant Habib el-Adly dans l’attaque à la bombe contre l’église des Saints à Alexandrie la nuit de la Saint Sylvestre au cours de laquelle 24 personnes sont mortes, a déclaré un avocat égyptien à Al Arabiya.

L’avocat Ramzi Mamdouh a dit qu’il avait présenté une proclamation au procureur égyptien Abd al-Majid Mahmud pour l’ouverture d’une enquête sur des rapports publiés dans les médias selon lesquels l’ancien ministre de l’Intérieur aurait orchestré l’attentat mortel contre l’église avec l’intention de l’attribuer aux islamistes, d’accroître la répression du gouvernement à leur encontre et d’obtenir pour le régime un soutien accru de l’Occident. Mahmoud affirme que l’information contenue dans certains rapports est «sérieuse».

La proclamation, qui porte le numéro 1450, fait état de rapports citant un diplomate britannique qui a expliqué les raisons pour lesquelles la Grande-Bretagne a insisté sur le départ immédiat du président égyptien Hosni Moubarak et de son régime, en particulier l’appareil de sécurité de son ministère de l’Intérieur anciennement dirigé par el-Adly.Selon des sources diplomatiques britanniques citées dans les rapports, le ministre de l’Intérieur avait monté, au cours d’une période de plus de six ans, un système de sécurité spécial géré par 22 officiers et qui employait un certain nombre d’anciens islamistes radicaux, des trafiquants de drogue et quelques entreprises de sécurité pour exécuter des actes de sabotage dans le pays si le régime était menacé de s’effondrer.

La proclamation souligne également, sur la base de rapports des services de renseignements britanniques, qu’un officier du ministère de l’Intérieur, le major Fathi Abdelwahid, a commencé le 11 décembre 2011 à préparer Ahmed Mohamed Khaled, qui avait passé 11 ans dans les prisons égyptiennes, à contacter le groupe extrémiste Jundullah et à coordonner avec celui-ci l’attaque contre l’église d’Alexandrie.

Khaled aurait dit au groupe qu’il pourrait les aider en leur fournissant des armes qu’il aurait obtenues de Gaza et que l’attaque visait à « punir les Coptes ».Après la prise de contact, un leader de Jundullah nommé Mohammed Abdelhadi a accepté de participer au complot et a recruté un homme du nom de Ahmed Ali Abdelrahman pour conduire une voiture bourrée d’explosifs et la garer devant l’église pour que l’explosion soit ensuite déclenchée par télécommande, selon le rapport. Mais le major Abdelwahid, qui travaillait pour le ministère de l’Intérieur, aurait fait exploser la voiture avant que la recrue du Jundullah en soit sortie, de sorte qu’il a été tué ainsi que 24 fidèles dans l’église.

Après l’attaque, l’officier du ministère de l’Intérieur a demandé à Khaled d’aller rencontrer le leader de Jundullah dans un appartement d’Alexandrie et d’évaluer le succès de l’attaque. Quelques jours plus tard, les deux hommes se sont rencontrés dans un appartement de la rue Abdel-Moneim Riad à Alexandrie. Pendant la rencontre, le major Abdelwahid et ses forces de sécurité ont fait une descente dans l’appartement, ils ont arrêté les deux hommes et les ont fait transporter par ambulance dans un immeuble du ministère de l’Intérieur au Caire.I

ls sont demeurés en détention jusqu’au 28 janvier quand le ministère de l’Intérieur et son système de sécurité ont été défoncés, ce qui leur a permis de s’évader à l’instar de milliers de prisonniers à travers le pays. Après leur évasion, les deux hommes sont allés directement à l’ambassade du Royaume-Uni au Caire et ils ont raconté comment ils avaient été piégés par le gouvernement pour mener des attaques terroristes, selon les rapports..

Un diplomate britannique explique que la décision d’exploser l’église émane, pour les raisons suivantes, du ministère de l’intérieur:

– A l’intérieur du pays et dans les pays musulmans, la pression exercée sur le régime égyptien au sujet du siège de Gaza est forte -ainsi, désigner l’Armée de l’Islam de Gaza (« Gueish el Islam el Ghazzawy ») comme l’auteur de l’explosion est, d’une certaine manière, une invitation pour que les égyptiens accusent des factions armées de Gaza de comploter, de saboter, détruire l’Egypte. Ce faisant, le ministère de l’intérieur souhaite renforcer le sentiment d’unité nationale et de sympathie avec le régime. A l’extérieur, il souhaite donner l’impression que le régime protège les chrétiens.

– Faire à l’administration israélienne un « cadeau » en leur donnant l’opportunité de justifier et de maintenir le siège de Gaza et d’y préparer une grande opération. Ces cadeaux égyptiens sont offerts en contre-partie du soutien apportée par l’administration israelienne à la candidature de Gamal Moubarak, à la présidence de l’Egypte.

– Créer une diversion pour faire oublier les éléctions législatives dont les résultats ont été falsifiés, et concentrer l’opinion sur les islamistes, l’extremisme et l’agression des chrétiens afin que le régime puisse jouir d’une légitimité internationale, prouver qu’il a bien fait de falsifier les résultats des élections, prouver qu’il fait bien d’arrêter tous ses opposants.Voilà ce qui s’est passé après l’explosion quand le nombre des islamistes arrêtés à dépassé le nombre de 1000 personnes.

Le diplomate britannique conclut enfin que le régime de Moubarak a perdu toute légitimité et que « l’opération église » pourrait conduire plusieurs états et organisations civiles à demander le jugement du régime. Cela, s’ajoute à ce que ce régime a fait aux égyptiens depuis 30 ans et à ce qu’il lui fait subir depuis une semaine.

Sources : Al Arabiya, 7 février 2011

Site : www.tayyar.org

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