Par Mohamed ABASSA
Poutakhine, livre violemment interdit et censuré par le pouvoir Algérien, raconte à titre posthume et prémonitoire l’actualité torrentielle qui nous arrive maintenant. C’est-à-dire la Hogra, la mal vie algérienne, avant l’heure, en plus vrai ; le ras le bol des Algériens qui n’acceptent plus de subir dans l’humiliation ; dans l’écrasement permanent. Qui n’acceptent plus que leur Algérie devienne butin de guerre et objet de magouilles diverses, taillée en pièce comme on dépèce un bœuf, écartelée et redistribuée en gras morceaux politiques entre des mafias concurrentes. Une seule petite mafia parentale de 30 individus dirigeait la petite et vaillante Tunisie. Le voilà ce pouvoir tunisien, ridicule et minable finissant dans les égouts de sa propre vomissure. La mafia algérienne au pouvoir, puissante et arrogante qui tient le pays en otage se compte, elle, par des cents et des mille. Un seul ministre en poste a volé quatre fois le PIB tunisien, douze fois la rapine de Ben Ali , vingt fois celle de sa sulfureuse Leila ! Ajoutez aux rapaces régnants (tels que les surnomme l’ambassadeur des USA à Alger) les autres ministres, les généraux de l’ombre et du pétrole, les DG et PDG prédateurs -c’est un pléonasme- la fratrie présidentielle & associés, les barons de l’informel, les multinationales et vous aurez l’exacte mesure de la multitude tentaculaire qui enserre l’Algérie en étau. Et La voici encore et toujours violée et volée par des gueux imposteurs aux commandes. Poutakhine dit et raconte en vrai, en plus cru, le vrai visage de la décadence, l’ordinaire des Algériens ordinaires. Ces Algériens de tous les jours que nous rencontrons, qui nous interpellent sans rien dire; nous bousculent ; nous parlent en silence. Leurs cris, leur douleur sortis de leurs entrailles éteintes, du fin fond de leurs tripes, exprimé et dit dans la hauteur et la dignité algériennes pour éclater enfin, Bezeff, Basta ; ça suffit , on n’en peut plus. A Bab-El-Oued, El Hamri, Belcourt, M’sila, Annaba, Tizi-Ouzou et toutes les contrées vivantes de l’Algérie éternelle qui crient tous, en un, en tous, les mêmes maux, la mal-vie, leur rage d’humains abandonnés, jetés à la casse, à la mer, au feu maintenant ! Des sous-être qui deviennent des dix, des cents et des mille juste quand ils se souviennent qu’ils leur reste un gramme de dignité, une poussière d’honneur, des tonnes de courage ; une infinie résolution pour marcher sur ces palais de l’oppression, pour abattre, comme à Carthage, à Sidi Boussaïd, ces tyrans voleurs et voyous qui nous méprisent. Avant l’heure, Poutakhine le dit, le crie et l’écrit. Ca suffit, on n’en peut plus ; Bezzaf ; partez, dégagez, brigands, voleurs de droits et de pouvoirs! Dégagez vite. Voilà cinquante ans que vous sévissez, en assassinant, en volant, en détournant, en emprisonnant, en interdisant tout ce qui contrarie vos plaisirs et votre pouvoir de gueux inassouvis. Vous gouvernez comme Caligula ; vous finirez aussi comme Caligula ; dans la vomissure de vos excès. Dans la vomissure de vos arrogances. Dans la vomissure de vos ignorances cumulées. Comme ce général assassin de Boudiaf mort dans son propre caca, mort puant et déféquant jusqu’à sa tombe. Que dira-t-il à Dieu après avoir écrasé les hommes?
Juste un peu d’amour !
Poutakhine le dit et le crie aussi fort qu’un manifestant de Bab-El-Oued. C’est l’Algérie debout et révoltée de laquelle je sors qui’ l’écrit avec rage, avec cœur, de laquelle je suis né et, aussi, de laquelle nous sortons tous, rebelles et vrais que nous avons tous été en notre âme, en notre peau ; en nos yeux ; en nos NON ajoutés qui se taisent parfois ; par lâcheté sinon par convenance professionnelle se dit-il. La rente a toujours un prix. Se taire ; la connivence et le commerce des faibles. Moi, comme la foultitude, je ne me suis jamais tu et je ne me tairai jamais, jamais ; quitte à en mourir. Pour dire en Majuscule et en Minuscule ; Non à la Hogra ! Non à la souffrance, non aux dénis de droit ou de jure, d’où qu’ils viennent, d’où qu’ils sortent, surtout des casernes ou des palais squattés ! Non à la violence du mal-vivre ; du mal-être. Poutakhine appartient à la violence et à la rage du vouloir être et du vouloir vivre dans la dignité. Comme ces Algériens, la majorité, revendiquant un tout petit brin de bonheur. Juste un petit bout d’amour et de respect derrière lesquels ils courent depuis toujours, depuis des siècles. Ils veulent juste un peu d’amour, de considération et de respect de ces flics voyous, vociférant et cogneurs pour rien, vraiment pour rien ; juste pour rappeler qu’ils sont flics. Ils ont déjà oublié Octobre et Ras El Kabous le castré. Poutakhine le rappelle. Il le raconte avec beaucoup de larmes et de rancœur non contenues. De la nostalgie aussi. J’ai saigné et pleuré en écrivant Poutakhine. Parce qu’il s’agit de mes frères et de mes sœurs qu’ils soient kabyles, algérois, chaouis, oranais ou sahraoui, du nord ou du sud, de l’Est, de l’Ouest ou du Centre ; qu’importe leur géographie ; ils sont mes frères, ma sueur et mon sang. Ils subissent le même joug que moi ; les mêmes misères ; le même pouvoir. La même Hogra émanant des mêmes flics.
Seulement par dépit et par impuissance. Je pleure dans la honte ces dirigeants arabes assis sur leur ventre grondant et humiliant tous les jours un peu plus leurs peuples asservis ; réduits à moins que rien ; une bouche et un anus reliés par un tube ; l’exacte réplique d’un pipe. Des indigènes quémandeurs de sucre, huile et farine pas chers. Réduits par un imbécile que la politique algérienne a rendu ministre de la rente, en des tubes digestifs qu’une TVA plus clémente devra soulager ; assouvir. Affirme-t-il sous sa culotte de maroquin affairiste; dans sa robe d’islamiste. C’est le discours officiel de l’Etat algérien au travers des commentaires de son distingué ministre du commerce. Un vrai cancre se dit-il chez lui, que le système des compensations et des consolations a rendu important par le ridicule. Pour l’anecdote, vous remarquerez que ce distingué ministre nous vient du parti islamiste associé au pouvoir; grand pourvoyeur de ministres intègres et très honnêtes comme ceux des travaux publics, de la pêche et de l’industrie qui ont fait la UNE des journaux sur le thème invariant de la haute corruption. A l’exacte image de M. Bouteflika, de ses frères et sœurs, de Chakib dit le Texan, du maroquin de la prospective et du futur, du vice premier ministre, ex vice premier tortionnaire du temps de la tristement célèbre SM. Ce que feignent ne pas comprendre ou carrément oublier les régnants du jour ; de vrais coopérants administrant des indigènes consentants à leurs yeux demandeurs instiables de farine et de sucre: Ni M. Bouteflika ni M. Khellil ni leurs bien connus géniteurs, voleurs et violeurs de lois; violeurs de l’Algérie dont ils ne connaissent rien, strictement rien ; que les dollars ; que les affaires, le biseness, les magouilles, les bonnes affaires pour les Bush et Cheney associés, le pétrole et gaz bradés, et rien d’autre. Normal ; sur les cinquante dernières années, comment de temps ont-ils réellement vécu en Algérie ? Presque rien. Demandez- leur une seule adresse sociale, familiale, historique ou humaine ou morale en Algérie ; peine perdue ; ils n’en n’ont pas ; N’en ont jamais eue. Politiquement, ils sont l’un et l’autre de vrais SDF dans cette Algérie qui n’est pas leur terre comme elle l’est, sans rechange, pour des millions d’Algériens. Poutakhine raconte cela, l’explique ; le démontre. Il en saigne de tous ses pores.
Mohamed Abassa
LA SUITE : 2. Revoilà l’Algérie de nos pères, de nos valeurs, de nos ancêtres, de nos aînés
