Le Matin d'Algérie

Algérie-France : Désaccord entre Bouteflika et Sarkozy sur le terrorisme

Le Matin publie quelques réflexions de ses éditorialistes sur les relations algéro-françaises dans la perspective du prochain voyage de Nicolas Sarkozy à Alger.

Faut-il vraiment s’attendre à une coopération anti-terroriste entre Alger et Paris quand le président Abdelaziz Bouteflika et le président Nicolas Sarkozy ne s’entendent ni sur la nature du terrorisme ni sur le moyen de le traiter ? La divergence, d’ordre autant idéologique que politique, n’est pas négligeable.

Pour Bouteflika, le terrorisme est un phénomène « apolitique », strictement criminel, sans finalité stratégique. Il l’a répété le 29 octobre devant les magistrats : «les actes terroristes aveugles perpétrés dans notre pays ne sont motivés ni par le rejet d’une politique donnée ni par une quelconque situation politique. Il s’agit d’un acte purement criminel visant l’effusion du sang des innocents, sans foi ni loi». Il n’y a pas d’Al-Qaida ou d’armée islamique mais seulement « des personnes égarées » (discours devant les magistrats)

Pour Sarkozy, au contraire, le terrorisme a une finalité, le khalifat islamique, et illustre à lui seul le choc idéologique entre l’Islam et l’Occident. Cette thèse ahurissante du « choc des civilisations » a été de nouveau développée par le chef de l’Etat français, dans une indifférence assez étonnante, le 27 août dernier, dans son discours aux ambassadeurs. Il a dit ceci : « Ce n’est pas la peine d’employer la langue de bois : cette confrontation est voulue par les groupes extrémistes tels qu’Al Qaeda qui rêvent d’instaurer, de l’Indonésie au Nigéria, un khalifat rejetant toute ouverture, toute modernité, toute idée même de diversité. Si ces forces devaient atteindre leur sinistre objectif, nul doute que le XXIe siècle serait pire encore que le précédent, pourtant marqué par un affrontement sans merci entre les idéologies ». Pour Sarkozy, « nous aurions tort de sous estimer la possibilité » « d’une confrontation, entre l’Islam et l’Occident »: « l’affaire des caricatures en a été un signe avant-coureur ».

Comment s’étonner alors que les solutions préconisées soient divergentes ? Etant donné qu’il s’adresse aux « parents des personnes égarées, dont les enfants, inconscients des dangers qui les guettent, se font tuer et tuent des innocents pour des objectifs qui ne sont pas les leurs», (discours devant les magistrats), le président Bouteflika suggère la seule formule qui sied aux circonstances : la réconciliation nationale. Sarkozy, lui, est dans un autre état d’esprit :  » Le premier défi, sans doute l’un des plus importants » auquel doit faire face la France est : « comment prévenir une confrontation entre l’Islam et l’Occident voulue par les groupes extrémistes tels qu’Al Qaeda?

A partir de là, difficile d’envisager une coopération anti-terroriste entre Alger et Paris sinon que sur le papier ou dans … l’éternel recommencement.

Mohamed B.

Quitter la version mobile