Le discours de la veille n’a pas suffi. Des milliers de manifestants réclamaient vendredi le départ du président Zine El Abidine Ben Ali à Tunis et en province, au lendemain d’une intervention du chef de l’Etat pour tenter de mettre fin à une contestation sans précédent, selon des correspondants de l’AFP et des sources syndicales.
Dans une allocution télévisée après quasiment un mois de contestation dans la rue, le chef de l’Etat, au pouvoir depuis 1987, a annoncé jeudi soir qu’il ne briguerait pas de nouveau mandat en 2014.
Il a aussi promis la liberté de la presse, la levée des restrictions au fonctionnement des sites internet ou encore l’interdiction faite aux forces de l’ordre de tirer sur les manifestants.
Mais cela ne calme pas la foule.
Des manifestants ont de nouveau crié des slogans hostiles au président Ben Ali vendredi dans le centre de Tunis
« Soulèvement continu, non à Ben Ali », criaient les manifestants, au nombre de 5000 au moins selon Reuters. Un barrage de police les a bloqués au milieu de l’avenue Bourguiba, pour les empêcher de marcher vers le ministère de l’Intérieur. « Ben Ali dehors », ont crié les manifestants, quelque 3.000 personnes, tandis qu’à Regueb, non loin de là, plusieurs centaines de personnes ont lancé des slogans hostiles au chef de l’Etat.
Dans cette localité où des habitants observent un sit-in de protestation pour la cinquième journée consécutive, des manifestants ont dressé des tentes Place 7 novembre (date de l’arrivée au pouvoir de M. Ben Ali en 1987) et ont rebaptisé le lieu « Place des martyrs ».
A Kairouan (centre), une marche s’est déroulée aux cris de « Ben Ali dehors », alors que ce même slogan a été crié des manifestants à Gafsa, dans le sud-ouest, selon des sources syndicales.
« Le ministère de l’Intérieur est un ministère de la terreur », « hommage au sang des martyrs » ou encore « non, aux Trabelsi (ndlr: la belle-famille du président) qui a pillé le pays », scandaient les manifestants.
Devant le ministère, Radia Nasraoui, avocate et militante des droits de l’homme, a demandé des éclaircissements sur le sort de son mari, Hamma Hammami, dirigeant du Parti des ouvriers communistes tunisiens (POCT).
« Nous voulons des actes et non des paroles », a-t-elle déclaré disant être toujours sans nouvelle de son mari arrêté mercredi.
Une grève générale de deux heures était prévue dans la région de Tunis à l’appel de l’unique centrale syndicale, l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT).
Sidi Bouzid (sud-ouest) d’où est parti, il y a un mois, la contestation, a aussi connu une manifestation hostile au président tunisien, selon un correspondant de l’AFP.
Des internautes et étudiants se sont mobilisés dans la nuit et vendredi matin pour le maintien des rassemblements prévus dans la journée dans la capitale. Une grève de deux heures est notamment programmée dans la région de Tunis, à l’appel du syndicat unique, l’UGTT.
L.M.
