Il est né un peu « par défaut » : «On n’avait jamais pensé à lancer notre propre journal.(…) Nous voulions qu’El Moudjahid soit un journal qui fait dans le service public et qui réponde aux aspirations de la société», reconnait, avec beaucoup de franchise, Omar Belhouchet, directeur du publication d’El Watan et ancien journaliste d’El Moudjahid. Heureusement pour l’indépendance de la presse, cette obstination à vouloir pratiquer un journalisme libre dans la chapelle du pouvoir fut vaincue par un plus puissant entêtement : l’entêtement des autorités. El Moudjahid sera organe central du FLN. A prendre ou à laisser ! C’est l’impasse. Un groupe de 47 journalistes décide de faire grève. Le chef du gouvernement Mouloud Hamrouche propose alors l’idée de permettre aux protestataires de créer leurs propres journaux. Son projet consiste à aider les journalistes désireux de quitter El Moudjahid à lancer leurs propres projets en leur octroyant l’équivalent de deux années de salaire et des locaux. Ainsi naquit le quotidien algérien indépendant de langue française El Watan qui a fêté jeudi ses 20 ans résumés avec humour par ses dessinateurs : « El Watan est né sous Chadli, « a espéré sous Boudiaf », « a résisté sous Zeroual » et « a survécu sous Bouteflika ».
Ce furent 20 ans de plaintes, de tracasseries administratives, cinq suspensions, mais aussi de grands succès : El Watan a été le premier journal en tout. Le premier journal algérien à créer un site électronique, en se connectant dès 1997 au web; l’un des trois quotidiens avec « El Khabar », de langue arabe, et « Le Quotidien d’Oran », à disposer de sa propre imprimerie…
L’Office de justification de diffusion (OJD-France) lui a délivré en avril son label en lui attribuant 127.290 exemplaires vendus chaque jour en moyenne sur l’année 2009.
Bref, Hamrouche a bien fait d’insister.
Joyeux anniversaire, confrère !
L.M.
