Tout est dans le style : il y a cinq ans on nous « invitait » encore à soutenir la candidature de Bouteflika ; aujourd’hui on ne se donne plus la peine de la parodie. Aujourd’hui, on nous somme. On nous somme de subir, sans rechigner, le troisième mandat d’un président dont la seule vraie performance est d’avoir réussi à rouler l’opinion dans la farine avec le canular de « président malade ». Aujourd’hui on nous somme de n’être que des sujets. Leurs sujets. Eux, ils sont nos maîtres en tout, maîtres à penser, maîtres du pays, du destin de nos enfants, maîtres absolus de nos avenirs et nous n’en sommes, de facto, que les indigènes, les troupes servantes, bâillonnées, dociles, désabusées certes, mais consentantes et prosternées.
Mais diable, où est donc passée notre fierté ou, du moins, ce qui nous restait de colère après le désespoir ? Au nom de quelle légitimité Abdelaziz Belkhadem, chef du FLN devenu coterie mafieuse, nous impose-t-il le règne à vie d’un président qui a échoué en tout ? Jusqu’à quand accepterons-nous d’être guidés comme des ovins vers le gouffre de nos hécatombes ?
On m’expliquera que la reconduction de Bouteflika est indispensable au système pour se reproduire et que de puissants intérêts étrangers en dépendent…C’est sans doute vrai. Mais cela suffit-il pour justifier notre impardonnable passivité ? N’avons-nous pas encore compris que si nos enfants succombent en mer ou dans la drogue, c’est parce que nous n’avons pas su arracher, pour eux mais aussi pour nous, le droit de choisir ? Choisir nos vies et nos dirigeants. Regardons-nous : nous nous apprêtons, en cette fin d’année 2007, nous nous apprêtons tous, citoyens, opposants, politiciens, intellectuels, à nous soumettre aux caprices du puissant. Nous savons tous que rien n’autorise Bouteflika à postuler pour un troisième mandat, rien, ni la Constitution, ni son bilan. Nous savons tous que sous ses deux mandats nous sommes devenus plus pauvres et eux plus riches, que la corruption a galopé au rythme de nos paupérisations, nous savons tous que sous les deux mandats de Bouteflika l’Algérie a régressé en tout pour ne devenir plus qu’un pays malingre et méprisé, sans audience…Nous savons tous tout cela, mais nous nous résignons déjà au verdict divin d’un clan au pouvoir qui va achever de désespérer nos enfants et d’émasculer nos orgueils.
Est-il vraiment trop tard, sans faire le jeu de quiconque, est-il vraiment trop tard pour défendre notre droit à la parole ? Et si on commençait par revendiquer le respect de la Constitution ? Deux mandats c’est assez pour vous, M. Bouteflika ! Libérez l’alternance !
Si nous ne sommes plus capables de dire cela, d’empêcher un groupe d’individus de tripatouiller la Constitution pour s’éterniser au pouvoir, si nous ne sommes plus bons qu’à l’allégeance et au silence complice, alors oui nous serions devenus, un demi siècle après Ali la Pointe et Ben Mhidi, des sujets méprisables d’une dynastie qui se sera imposée, pour toujours, comme la régente de nos vie.
Alors oui, nous aurons trahi, à la fois, nos martyrs et nos enfants.
M.B.
