En journalisme, plus qu’ailleurs, il n’y a rien de pire que d’avoir vingt ans et quelques idées : tout le monde y trouve à redire. On échappe rarement aux leçons de « journalisme professionnel », – dit aussi « journalisme responsable » -, un métier nouveau que des esprits doctes enseignent à la « presse adolescente » et qui se mesure à la tranquillité qu’il procure à ceux qui le pratiquent.
Je crois bien cependant, à sa façon de ne douter de rien, surtout pas de lui-même, je crois bien que le Soir d’Algérie a toujours eu vingt ans. Il revendique, avec un certain panache, de faire partie de cette caste d’ingénus qui ne répugnent pas à faire du journalisme avec les choses les plus méprisées par les détenteurs du bon goût. Regardez-le continuer sa guerre contre l’islamisme alors qu’elle est passée de mode auprès des croque-mitaines de la presse et de la littérature ! Tant pis. Ne dit-on pas qu’à vingt ans, on craint le ridicule mais on aime l’excès, on abhorre la solitude, mais on s’isole par son zèle ?
Ce zèle-là a épargné au Soir d’Algérie de faire partie de l’honorable confrérie des trois singes, ce dont je me réjouis encore, ce journal ayant, à la différence de bien d’autres, « vu » un confrère jeté en prison, « entendu » les cris de colère et « dit » ce qu’il fallait en dire.
Que souhaiter d’autre au Soir, avec ses jambes vingt ans, donc faites pour aller au bout du monde, que de s’éloigner encore plus de ce journalisme rassurant par ses demi-vérités, complice par ses demi-mensonges, où l’on passerait la moitié de sa vie à parler de ce qu’on ne connaît pas et l’autre moitié à taire ce que l’on sait ? Bref, d’avoir toujours vingt ans, cet âge furtif où l’on croit encore que tout est possible. Et qui sait ? Ce goût qu’on a à vingt ans, de vouloir tout transformer, c’est peut-être un peu de cette ferveur qui nous interdira de trop tôt vieillir.
M.B.
