Malgré une stratégie singulière qui avait répudié la violence, le pari des insurgés d’Avril 80 était bien périlleux. Face à un pouvoir dopé à l’intolérance d’une idéologie hybride, le « socialisme arabo-islamique », qui ne faisait pas dans le détail, la contestation risquait de s’écraser contre un cocktail morbide d’autoritarisme soviétique et de despotisme oriental.
Trente ans après le sursaut de ce Printemps au parfum de gaz lacrymogènes, le bilan de luttes perverties laisse une étrange sensation d’acte manqué. Pris entre les mâchoires d’une même tenaille durant la terreur des années 90, l’espoir réinventé sera tragiquement enterré par la sanglante provocation du « Printemps noir » de 2001. Ses 126 morts, sacrifiés par la conjonction de la bêtise et de la haine, finiront dans les statistiques de la « tragédie nationale », au nom d’une « réconciliation » frelatée. Dans une intolérable impunité. De locomotive démocratique qui rêvait d’entrainer le pays dans sa palpitante aventure, la Kabylie, livrée au désordre de la délinquance, au racket du « terrorisme résiduel » et à la rapine des nouvelles féodalités locales, est réduite au rôle peu glorieux d’instrument dans les jeux du sérail.
Nous sommes donc revenus à la case départ, dans un environnement encore plus hostile. Par ces temps d’impasse politique, de régression sociale et d’incertitudes sur l’avenir, l’esprit du « Printemps berbère » mérite d’être revisité. Dans notre histoire tourmentée, c’est une étape salutaire de ressourcement.
(Extrait de l’avant-propos de l’ouvrage collectif sur le Printemps berbère)
