Les mesures autoritaires sans concertation, le manque de transparence dans les décisions – mais cela ne date pas d’aujourd’hui, le primat aux anciens schémas de politique socio-économique totalement dépassés qui fonderaient le développement, le blocage des importations et des licences d’importation tous azimuts sans cerner la réalité de l’économie algérienne qui ne produit presque rien occasionnant des hausses des prix, des débuts de pénurie et par là des rentes de situation, font que l’on taxe actuellement à tort ou à raison l’actuel premier ministre algérien d’étatiste, certains médias internationaux de « communiste ».
Sans dédouaner l’actuel Premier ministre, l’ancien gouvernement a versé également dans une incohérence du fait du manque de vision stratégique. Mais il ne suffit pas seulement de critiquer les prédécesseurs mais de proposer des solutions réalistes.
Et face aux tensions actuelles, traduisant des rapport de forces divergents, je constate malheureusement, avec de nombreux observateurs nationaux/internationaux que les actions menées par le gouvernement actuel sont soutenues en majorité par les tenants du socialisme de la mamelle rêvant d’un retour à la gestion étatiste bureaucratique du passé, au monopole, source de rente et de corruption comme dans les années 1970/1990 en voilant continuer les assainissements répétés d’un secteur d’Etat sclérosé, marginalisant le secteur privé productif, actions suicidaires pour le pays, étouffant les énergies créatrices.
La cacophonie entretenue ces dernières semaines donne une image négative de l’Algérie auprès des observateurs étrangers et décourage tout investisseur potentiel qu’il soit étranger ou local. Or le retour à la confiance sans laquelle aucun développement n’est possible, surtout avec les tensions budgétaires, implique une concurrence saine et loyale et donc un changement de l’actuelle politique économique (couple indissociable efficacité économique et justice sociale), déphasée par rapport tant aux réalités nationales que mondiales.
Je suis persuadé, en fonction de son histoire mouvementé depuis des siècles et de ses potentialités actuelles, que notre peuple trouvera les ressources morales et psychologiques qui lui permettront, comme il l’a fait maintes fois face à l’adversité, de transcender avec dignité et honneur les rancunes et les haines tenaces. C’est pourquoi, comme je l’ai démontré récemment dans un long interview au quotidien américain American Herald Tribune et au quotidien financier français La Tribune, je tiens à considérer que la stabilité de l’Algérie, acteur stratégique de la stabilité de toute la région, qui ne saurait signifier statut quo, mais mener des réformes dans un mouvement historique positif, est un passage obligé vers la reconquête de notre cohésion nationale et la construction d’un front intérieur solide et durable en faveur des réformes politiques et socio-économiques face aux enjeux des nouvelles mutations mondiales dans les domaines militaires, sécuritaires, politiques, économiques, sociales et culturelles dont le pivot est la bonne gouvernance et la réforme de l’école.
En résumé, il y a lieu de combattre prédateurs rentiers autant que ces soutiens du socialisme de la mamelle algériens alors que les fondateurs du communisme, la Russie et la Chine font leur mue positivement (je parle pas de ces politiques par opportunisme) contre-productifs pour l’image de l’Algérie qui est appelée à s’inscrire au sein d’une économie de marché concurrentielle à finalité sociale, qui ne saurait signifier capitalisme sauvage, car le marché a besoin d ‘être encadré par un Etat régulateur, mais pas de cette manière bureaucratique du gouvernement qui a des effets pervers sur l’efficience économique et sociale.
En cette conjoncture difficile, il faut impérativement dépasser nos divergences et privilégier uniquement les intérêts supérieurs de l’Algérie. Un minimum de consensus économique et social qui ne saurait signifier unanimisme, signe de décadence de toute société, s’impose afin de faire face aux tensions géostratégiques et budgétaires, pour stabiliser le corps social entre en 2017/2020. C’est l’unique voie que doivent emprunter les Algériens pour arriver à transcender leurs différends si l’on veut éviter la déstabilisation, ce qu’aucun patriote ne souhaite. Mais attention, cette déstabilisation est possible sans de profondes réformes en perpétuant l’actuel statut quo.
Dr Abderrahmane Mebtoul
Professeur des universités, expert international
