Heureux. Il est tout heureux, le ministre de la Jeunesse et des sports, Ould Ali El-Hadi, de disposer du privilège des survivants, celui de pouvoir disposer du prestige des morts. J’apprends, avec du retard, que l’éminent ministre, membre actif de cette coalition d’habiles esprits qui ont cru subtil de se faire les porte-voix du clan Bouteflika en contrepartie d’un poste, d’une promotion ou d’une de ces oboles qui récompensent les bons serviteurs, s’est laissé aller à dire publiquement : « Si Matoub Lounes était vivant, il aurait soutenu les mandats de Bouteflika ».
Mais pourquoi donc certains fils du Djurdjura éprouvent-ils le besoin de s’avilir et, dans le cas présent, de prendre le risque d’encore plus se rabaisser en se frottant aux symboles d’un peuple ?
N’écoutent-ils pas Matoub ? Vous trouverez dans les chansons de Matoub le portrait des flagorneurs. Il est assez édifiant :
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W’iεeddan neɣ wi d-yusan D aṛumi neɣ d mmi-s n Crif Di tayett acu i d-rnan Siwa ttεebga uɣilif Assa ḥedṛeɣ i yiḍan Ɛebb°eln i wedrar n nnif |
Envahisseur passé, envahisseur qui vient, Français ou descendant chérifien, Sur mes épaules qu’ont-ils déposé Hors un fardeau de rage ? Aujourd’hui, je vois les galeux Prêts à s’abattre sur la montagne de l’honneur |
Matoub a répondu à ces outrages avant avant même qu’ils ne soient proférés, sans doute parce qu’il ne se faisait aucune illusion sur cette catégorie d’hommes chez qui l’avidité tient lieu d’ambition.
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Assagi lliɣ azekka wissen Nniɣ-d ayen ẓriɣ D wayen a ttwaliɣ Cfut di targa ma ɣliɣ D anza-w aa wen-d-yessiwlen |
Aujourd’hui vivant, demain, qui sait ? J’ai dit ce que je sais Et ce que je vois, Il vous en souvienne: si je sombre dans la rigole Mon spectre vous appellera |
Jamais, dans l’histoire récente, nous n’avons connu de Kabyles aussi disponibles pour l’obséquiosité, aussi indifférents à la grandeur, pas même ceux qu’on a appelés « Kabyles de service » dont on n’a pas souvenir d’une si désolante servilité à l’égard d’un homme pour lequel ils prennent plaisir à se transformer en laudateurs, puis en bouffons pour terminer en Rantanplan, le brave chien de Lucky Luck. . Ce carrousel de serfs ressemble fort à une course de chiens, mais pas les chiens de race, il manque, ici, la noblesse du lévrier et cette majesté que Jack London a si souvent décrite chez le chien husky : le caractère farouchement indépendant !
Sont-ils vraiment obligés d’ainsi se rabaisser pour garder leur fauteuil et les faveurs du sultan ? L’on se rappelle les propos cajoleurs de Khalida Toumi parlant de Bouteflika comme d’un Dieu, les épanchements indignes de Abdelmadjid Sidi-Saïd qu’on a entendu dire : « S’il le faut, je porterai Bouteflika sur mes épaules » ou, plus récemment, les déclarations de l’ami Amara Benyounès nous apprenant que Bouteflika handicapé vaut mieux que mille cadres en bonne santé. Il y a quelque chose de consternant dans cette façon de tourner le dos à sa région, à sa population blessée et à mille ans d’orgueil. C’est la grande différence avec Matoub Lounès, cher ministre des Sports : lui n’échangerait son identité contre aucun strapontin, aucune faveur de la cour. Il avait peur non pas de l’humeur de Bouteflika mais su regard des ancêtres. Il vous suffisait d’écouter ses chansons pour constater qu’il s’autorisait des envolées à l’exact opposé de vos flagorneries :
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Nnan-as medden yeḥḥerkel Netta ur yexdim ara Lemmer yelli ciṭ n leεqel Yak yecna f lḥuriyya Imi nek°ni nedderɣel Netterra argaz d ccmata Win i d-yusan ad aɣ-immel Amek ara teddu tmurt-a |
Consumé, le champs des poèmes ! Des braises étiolées, rien ne demeure, Jusques aux cendres, happées par le vent. Aujourd’hui, l’homme le plus vil Clamera: je plane aux nuées, Alors que ses pans d’habit empestent la boue. |
Matoub Lounès, cher ministre des Sports : lui n’échangerait son identité contre aucun strapontin, aucune faveur de la cour. Il avait peur non pas de l’humeur de Bouteflika mais du regard des ancêtres. Il vous suffisait d’écouter ses chansons pour constater qu’il s’autorisait des envolées à l’exact opposé de vos flagorneries :
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Xas ḥeṛṛen-iyi ṛebεa leḥyuḍ Xas lfinga a tt-waliɣ Xas lḥif a yi-d-isuḍ Xas yecceḍ webrid aa awiɣ Ma nnan-iyi-d s anda tleḥḥuḍ A sen-iniɣ nek d Amaziɣ |
Si quatre murs m’enserrent, Si je ne vois que l’échafaud; Si la misère m’aspire Et si mon chemin est une pente au gouffre; Que l’on me dise: Où crois-tu aller ? Je clamerai: Je suis Amazigh ! |
Didou
