Le Matin d'Algérie

Les quatre clés d’accès à notre urgente reconversion économique (III)

Depuis plus de 15 ans, les recherches se multiplient sur le capital humain créatif, les industries créatives, les clusters créatifs, les villes créatives. Des politiques publiques ont fait de l’économie créative un paradigme du développement régional et urbain.

L’économie créative

« C’est désormais la capacité à innover, à créer des concepts et à produire des idées qui est devenue l’avantage compétitif essentiel. Au capital matériel a succédé, dans les critères essentiels du dynamisme économique, le capital immatériel. » Les notions de capital immatériel et d’économie immatérielle sont certainement les plus proches de la notion d’économie créative. Les idées formeraient un « capital productif intangible » primordial.

La notion d’économie créative peut recouvrir des sens très différents car elle entretient des liens complexes avec les notions d’économie immatérielle, d’économie de l’information, d’économie numérique et d’économie de la connaissance.

L’économie créative est à situer dans la continuité de vastes projets de réorganisation économique, politique et sociale. Gaëtan Tremblay, à la suite de Nicholas Garnham, insiste sur cette continuité, tout en soulignant que « la centralité de la ‘création’ et de la ‘créativité’ y apporte évidemment une saveur de nouveauté » (Tremblay).

L’économie créative désigne ainsi la montée en puissance de la création et de la créativité dans l’ensemble de l’économie. « La création est perçue comme un input immatériel qui se retrouve dans ces biens tangibles, comme la source de valeur des biens, dont le marché est ensuite le suppor ». (François Benhamou).

On notera que le secteur de la création, quand il est intégré dans une stratégie globale de développement et de croissance, peut contribuer à la relance de l’économie nationale si des échanges économiques et culturels hybrides et dynamiques ont lieu et si l’innovation est encouragée.

Créativité

La créativité est « la capacité d’un individu ou d’un groupe d’individu de produire des solutions nouvelles, originales et utiles, en réponse à un problème pratique, dont le résultat concret de ce processus, change, modifie ou transforme la perception, l’usage ou la matérialité auprès d’un public donné ».

La créativité est un champ d’analyse classique de l’économie de l’innovation, y compris dans ses caractéristiques spatiales et territoriales. L’économie créative renouvelle cependant la réflexion en ce que la créativité acquiert une dimension artistique et sémiotique, qui s’ajoute à la technologie pour répondre aux besoins culturels et psychologiques des consommateurs.

« Si on l’encourage convenablement, la créativité nourrit la culture, favorise un développement centré sur l’humain et représente un ingrédient essentiel de la création d’emplois, de l’innovation et du commerce tout en contribuant à l’intégration sociale, à la diversité culturelle et à la durabilité environnementale. »

« Gérer la créativité suppose de savoir avant tout quand tirer profit du caractère non compétitif des idées puis quand faire valoir des droits de propriété intellectuelle et faire de ses idées des produits compétitifs. Ces deux décisions sont au cœur même du processus de gestion ». The Creative Economy, John Howkins

Il existe néanmoins une contradiction entre la nature de la créativité et l’exploitation de cette aptitude au profit de l’économie. D’un côté, les psychologues et consultants en management s’accordent sur le fait que la créativité, artistique ou non, est en grande partie le résultat du furetage, de l’expérimentation, de l’exploitation de l’imprévu, toutes caractéristiques que l’organisation hiérarchique des entreprises ne favorise pas (De Branbandère & Mikolajczak ; Robinson & Stern ; Csikszentmihalyi). De l’autre, l’histoire de l’art, des sciences et des techniques conforte souvent les stéréotypes de l’inventeur solitaire, du génie torturé ou de l’excentrique, qui parviennent à exprimer leur inventivité en transgressant les normes sociales ou les frontières entre des disciplines tout aussi normées.

Modèle de l’économie créative

La créativité se retrouve dans toutes les sociétés et dans tous les pays – riches ou pauvres, petits ou grands, avancés ou en développement. Le terme « créativité » va de pair avec l’originalité, l’imagination, l’inspiration, l’ingéniosité et l’inventivité. L’une des caractéristiques profondes des individus est d’être inventifs et d’exprimer des idées; alliées à des connaissances, ces idées forment la substance du capital intellectuel. De la même manière, chaque société a sa réserve de capital culturel intangible qui s’articule autour de l’identité et des valeurs d’un peuple. Depuis des temps immémoriaux, les civilisations en ont conscience, mais le XXIème siècle est marqué par une reconnaissance croissante de la convergence de la créativité, la culture et l’économie, qui est à la base de la notion émergente d' »économie créative ».

L’artiste « en travailleur », idéal-type proposé par le sociologue P. M. Menger n’est plus cet errant solitaire et pauvre d’un imaginaire collectif, certes issu d’une réalité historique.

L’artiste devient un entrepreneur, ou vend ses compétences créatives aux entreprises. Il devient même l’archétype de ce travailleur flexible, motivé et inventif que recherchent les entreprises innovantes et les industries dites créatives.

Qu’est-ce que réellement l’économie créative ?

A une époque où un terme peut être rapidement galvaudé par une habile opération de communication virale à tendance lobbyiste, et où les gouvernants sont dans une quête effrénée pour trouver de nouveaux gisements économiques, d’emplois, d’électeurs, il semble intéressant de proposer une définition (un lexique) de l’économie créative pour populariser un certain nombre de termes qui sous-tendent cette « dynamique », et ce afin d’établir des bases à un langage commun susceptibles de faciliter la compréhension des enjeux et travers propres à cette nouvelle « discipline » et de faciliter ainsi un dialogue éclairé.

Industries culturelles et créatives

« Les solutions pleines d’inventivité appliquées dans un grand nombre de secteurs proviennent de la réflexion créative des Industries Culturelles et Créatives (ICC), depuis la revitalisation ou la promotion de l’image de marque de certains pays, régions ou villes jusqu’au développement des compétences en matière de technologies de l’information et de la communication (TIC) (compétences numériques) utiles pour la formation et l’éducation tout au long de la vie, de la stimulation de la recherche à la transmission des valeurs d’une manière accessible, de l’innovation en matière de produits et de services à la promotion d’environnements économiques durables à faible émission de carbone, du dialogue intergénérationnel au dialogue interculturel et à la création de communautés.

Si elles s’associent au monde de l’éducation par des partenariats, les ICC peuvent aussi jouer un rôle majeur en aidant les citoyens à acquérir les compétences créatives, entrepreneuriales et interculturelles dont ils ont besoin. En ce sens, les ICC peuvent soutenir les pôles d’excellence et nous aider à devenir une société fondée sur la connaissance. »

Cette économie, quand elle est très ancrée sur les territoires n’est pas facilement délocalisable, car souvent liée aux cultures locales ou dépendante de ses acteurs locaux.

Quand elle est plus virtuelle et ancrée dans l’économie numérique et dans l’économie contributive (*), elle peut s’inscrire dans de vastes réseaux collaboratifs (**) indépendants du brevetage et de l’obsolescence programmée, également propices aux appropriations et développements territoriaux de nouveaux biens communs, favorisant l’émergence d’externalités positives et dont la meilleure illustration est le développement de l’open source et la « transformation comportementale ».

(*) L’économie contributive, ou économie de la contribution, est un modèle de création de valeur basée sur la contribution. Elle se caractérise par la non-dissociation entre producteur et consommateur: dans le cadre d’une économie contributive, l’usager du service est potentiellement à la fois consommateur et producteur du service. Par exemple, Wikipédia est un modèle d’économie contributive: les rédacteurs des articles sont les utilisateurs de l’encyclopédie. C’est le cas aussi des logiciels libres, où un certain nombre d’usagers apportent leur contribution en améliorant le logiciel qu’ils utilisent.

(**) Wikipedia définit l’économie collaborative comme étant une activité humaine qui vise à produire de la valeur en commun reposant sur de nouvelles formes d’organisation du travail. Elle s’appuie sur une organisation plus horizontale que verticale, la mutualisation des biens, des espaces et des outils (l’usage plutôt que la possession), l’organisation des citoyens en « réseau » ou en communautés et généralement l’intermédiation par des plateformes internet (à l’exception de modèles comme les réseaux d’échanges réciproques de savoirs).

L’économie collaborative est entendue dans un sens large, qui inclut la consommation collaborative mais également les modes de vie collaboratifs, la finance collaborative, la production contributive et la culture libre. Ce type d’économie s’inscrit dans un contexte de défiance des acteurs institutionnels du système capitaliste traditionnel, de crise économique mais aussi d’éthique environnementale.

Lire aussi :

  1. Les quatre clés d’accès à notre urgente reconversion économique (I)

  2. Les quatre clés d’accès à notre urgente reconversion économique (II)

Stratégie de développement de l’économie créative locale

Les contours de l’économie créative sont contingents et soumis à des dépendances héritées, avec des structures et des modes de fonctionnement extrêmement variables d’un endroit à l’autre. Une méthode plus productive, pour mener à bien une politique de développement local, consiste par conséquent à optimiser la manière dont les conceptions politiques qui ont été formulées antérieurement dans le monde développé au sujet du potentiel de la créativité peuvent être adaptées de manière fructueuse et significative aux aspirations, aux atouts, aux contraintes et aux énergies existant localement.

Un récent rapport de l’Organisation des Nations Unies pour le développement durable examine les facteurs fondamentaux à prendre en compte pour concevoir une politique ou une stratégie de développement de l’économie créative locale. Ces facteurs sont : le financement ; les agents, intermédiaires et institutions nécessaires pour mener des travaux politiques transformationnels ; le pouvoir de décision des populations et des acteurs de la vie locale ; les dispositifs spécifiques qu’il convient d’amplifier pour développer et consolider toute la chaîne de création de valeur, de la création et la production à la distribution ; et le renforcement des capacités à développer des compétences nouvelles et des formations à tous les niveaux. Il est également fondamental de disposer de droits effectifs en matière de propriété intellectuelle, ainsi que d’une éthique des services déployés en faveur des populations et de leurs aspirations, en tenant compte notamment des dimensions de développement et de bien-être de la communauté. Enfin, dans le monde extrêmement interconnecté d’aujourd’hui, les échanges et les flux transnationaux jouent un rôle indispensable, notamment en termes d’accès aux marchés mondiaux et de raccordement numérique à très haut débit.

Management de l’innovation

Sans marche en avant, point de croissance. Pour résister à la concurrence et assurer leur pérennité, les entreprises ne jurent plus que par l’innovation… Celle-ci s’organise et se pilote avec, aux commandes, des managers aussi ouverts que créatifs. Les entreprises les plus innovantes enregistrent déjà un chiffre d’affaires de 20% supérieur à celles qui n’obéissent pas à cette logique.

L’innovation est aujourd’hui présente dans toutes les branches de l’entreprise compétitive : la vente, le service, la production, et même le management subit cette évolution. Le développement de la concurrence ainsi que l’évolution des besoins du client poussent l’entreprise à donner le meilleur d’elle-même en obtenant le maximum de performance de ses employés.

En management de l’entreprise « l’innovation » est une des fonctions de l’entreprise, la fonction transverse qui cherche à :

L’innovation est donc un processus managérial qui consiste à innover, c’est-à-dire à chercher à améliorer constamment l’existant de façon radicale au travers d’un processus dit « d’innovation ». Le management de l’innovation est la mise en œuvre des techniques et dispositifs de gestion destinés à créer les conditions les plus favorables au développement d’innovations concrètes. Pour Eric Jolivet, responsable d’un master dédié à l’IAE de Toulouse, le management de l’innovation doit répondre à deux enjeux fondamentaux :

– Maîtriser les processus (y compris ceux qui instaurent le changement dans les équipes pluridisciplinaires) : cela implique d’être capable de contrôler le coût d’une innovation, mais aussi sa durée, son résultat et son caractère réellement inédit ;

– Promouvoir un état d’esprit favorable à l’innovation à tous les niveaux de l’entreprise : pour cela, Stéphane Mercier, de l’ENSAM, estime qu’il est indispensable de mettre en place une structure agile et ouverte afin de « faire collaborer les différents services dès le début du projet car on ne trouvera jamais, ou très rarement, toutes les compétences réunies en une seule personne ».

Conclusion

En guise de conclusion je me limiterai aux huit recommandations suivantes pour relancer notre économie :

Mourad Hamdan, consultant en management

Principales références

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