Le Matin d'Algérie

Le témoignage d’un importateur désabusé par les contradictions du gouvernement

Le Premier ministre soutient qu’il entend mettre un énième tour de vis sur les importations. Si cette décision semble a priori viser l’assainissement de ce secteur. Il compte réduire à 30 milliards de dollars le volume des importations en 2017. Une liste et des quotas des produits soumis au régime des licences d’importation sont instaurés par le Premier ministre dans une certaine confusion. Des décisions qui n’agréent pas tout le monde.

Un importateur de pommes a bien voulu parler de son expérience et des dernières décisions du gouvernement. Il s’explique : « Je suis moi-même un petit importateur de pommes, environ 5 à 6 conteneurs par an qui me permettent de vivre quand je ne perds pas en raison des invendus et des déchets fréquents. Ma demande d’autorisation phytosanitaire déposée au quatrième étage du ministère de l’Agriculture depuis juillet 2016 n’a eu aucune suite. » L’importateur dénonce la bureaucratie et le mépris des responsables. Pas seulement, notre importateur s’inscrit en faux contre les annonces du gouvernement. « La lecture de certaines informations sur l’importation me rend dingue, souffle-t-il. Les licences n’ont jamais existé, seules des autorisations phytosanitaires étaient demandées. Si on peut appeler ça licence, ce sont les fameux quotas annuels en accord avec l’Union européenne dispensés des droits de douane, mais ceux-là ils sont distribués pour les amis». L’importateur affirme que les importations de pommes, ails, etc … sont bloquées par le nouveau ministre de l’Agriculture.

Pourtant « elles étaient prêtes et une semaine après son arrivée ils ont refusé de nous les donner sous prétexte qu’il faut d’abord une licence délivrée par le département du Commerce ! Depuis le résultat on le connait, les pommes « rachitiques » de Batna qui se vendaient à 100 dinars se vendent aujourd’hui à parfois plus de 300 DA, et l’ail je vous dis pas, c’est indécent. A ce jour on ne sait pas quoi faire. D’un côté, on nous dit que seuls cinq produits sont concernés par les importations et d’un autre les directions du commerce reçoivent les dossiers pour tous les produits sans exception ! » Incroyable. Est-ce que les membres du gouvernement tiennent un discours et son contraire selon les auditoires et les circonstances ? « ici on vieillit avant l’âge », lâche dépité notre importateur.

De la datte à la pomme

« Autrefois j’exportais de la datte…  » Il soutient qu’il ne gagnait rien. « Notre datte est trop chère est pratiquement invendable. Les Algériens vous diront le contraire, que c’est la meilleure. Surtout ces dernières années elle est de très mauvaise qualité car pas traitée, mal récoltée, etc … En. 2016 et même au début de cette année, j’ai refusé des exportations de certains produits, non pas pour la qualité mais à cause de la réglementation stupide. Vous n’avez déjà plus le droit d’exporter avec un registre import-export, il faut un registre pour l’export et u autre pour l’import. Cela nécessite des frais en plus, locations de locaux etc … sans compter tous les autres obstacles. Je n’ai aucune envie de passer ce qui me reste a vivre dans les administrations algériennes. Des lois stupides qui bloquent tout. L’Algérien n’a le droit à rien…même pas celui d’exporter ! », s’enflamme-t-il.

Mon crime est d’avoir acheté la pomme moins chère. Soit 0,50 euro au lieu des 0,90 euro habituels !!!

« Avant l’introduction des autorisations phytosanitaire (car avant 2016, y en avait pas) nous ne gagnions pas plus de 10 DA le kg ! Il y avait beaucoup de marchandises et la concurrence rude. Comme vous êtes obligés de passer par les mandataires en vendant aux marchés de gros, ceux-ci ne vous déclarent jamais le véritable prix de vente puisque l’Etat n’exerce sur eux aucun contrôle et ils ne facturent jamais. Au début j’achetais de France et en Italie. A l’arrivée, il suffisait d’avoir le dossier complet envoyé par le fournisseur et vous sortez votre marchandise. En me rabattant sur la Pologne, où la pomme est beaucoup moins chère, grande fut ma surprise lorsque j’ai eu droit à un redressement et une amende de la douane ! Mon crime est d’avoir acheté la pomme moins chère. Soit 0,50 euros au lieu des 0,90 euros habituels !!! Donc d’après ces illuminés de la douane j’ai déclaré moins cher pour ne pas payer beaucoup de droits de douane….Même si parallèlement le montant à payer en devises est moindre. La douane possède donc une sorte de « fourchette » pour les pommes. Un prix minimum à déclarer sous peine d’être pénalisé … »

Notre importateur se défend de toute surfacturation. « D’autres vous disent que les importateurs surfacturent pour récupérer les devises chez les fournisseurs? ça aussi est ridicule car le plus cancre des comptables saura qu’il sera perdant s’il faisait une telle manœuvre ». Et de détailler ses taxes : « Nous payons environ 53% de droits et taxes sur les pommes et environs 90% sur les autres produits, kiwi etc., donc faites vos comptes et vous verrez que la surfacturation est impossible sauf pour les produits taxés à 5% par exemple, et ceux-ci sont rares. »

L’importateur s’interroge sur les contradictions des déclarations du Premier ministre et celles du ministre intérimaire chargé du Commerce. « Moi ce qui m’intrigue aujourd’hui c’est pourquoi le ministère du Commerce s’entête toujours à vouloir octroyer des licences pour tous les produits alors que le premier ministre n’en a retenu que cinq (banane, véhicules…) » ?

Yacine K.

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