Le Matin d'Algérie

Chambres froides, l’autre fourberie d’Abdelmalek Sellal !

Le premier ministre a récemment parlé d’un projet de chambres froides à travers le pays avec une enveloppe de 36 milliards de dinars. Il s’agit d’une opération pour réguler le marché des fruits et légumes fréquemment perturbé.

Cette solution par les chambres froides est présentée à chaque crise et depuis bien des années. Le projet, repris en 2017 demande donc 36 milliards de dinars. S’il est reporté d’une année à l’autre ce n’est certainement pas à cause d’un problème d’argent puisqu’on a pu trouver sans aucune contrainte ni remords 320 milliards de dinars, non pas pour développer un secteur industriel ou agricole, non pas pour les hôpitaux, non pas pour le chauffage dans les écoles… mais pour la commission de « surveillance » des élections. Elle les dépensera essentiellement comme primes et frais de déplacement et d’hébergement pour les « militants » qui vont « surveiller » le scrutin prévu pour le 4 mai prochain. Il faut savoir que ces 320 milliards de dinars représentent environ 30% des recettes annuelles de la douane telles que communiquées récemment. Elles représentent aussi le chiffre d’affaire, je dis bien le chiffre d’affaires, de trois siècles, oui 300 ans, pour l’entreprise étatique dans laquelle je travaillais avec 600 autres citoyens. Est-ce que Monsieur le Premier ministre se rend compte de l’impact sur le moral de mes anciens collègues ? Ils suent pendant une année pour faire un chiffre d’affaire de un milliard de dinars avec un bénéfice de cent millions de dinars alors que la « surveillance » d’une élection sans aucune crédibilité coûte à l’Etat 320 milliards de dinars.

« Pleure, o pays bien aimé »

Compte tenu des fourberies que nous subissons les raisons possibles, avec évidemment un risque d’erreur, qui empêchent la réalisation de ces chambres froides peuvent être :

1) Un « ponte » se réserve le créneau, pour les importer ou les fabriquer, mais pour le moment il est occupé ailleurs. Ce genre de situation a parait-il existé à Constantine. En effet, la troisième ville d’Algérie, déjà capitale du temps de Syphax, n’a possédé, jusqu’à 2014 ou 2015, que deux hôtels acceptables pour des touristes : l’hôtel Cirta et l’hôtel Panoramic, hérités de la colonisation et acceptés faute de mieux. Le verrou n’a sauté que grâce à un investisseur plus puissant qu’un « ponte » qui a décidé de réaliser un « Ibis » et un « Novotel » ouvrant enfin le créneau à d’autres.

2) L’importance de ces chambres froides est secondaire en haut lieu : elle n’apparait que lorsque le peuple manque de pomme de terre. Le projet est normalement à la portée des capacités individuelles ou familiales mais le privé n’a pas confiance et l’activité est soumise à des incertitudes avec les fournisseurs et leur roublardise paysanne, à Sonelgaz et ses coupures de courant, ainsi qu’au manque d’échappatoires face à l’administration fiscale,…

3) La pression des barons de « l’import-import » : en cas de crise l’importation ne posera aucun problème et le gouvernement donnera les devises nécessaires sans rechigner parce qu’il a toujours eu peur de voir le peuple l’interpeller de la rue.

« Aux urnes, citoyens ! ».

Lorsque nos gouvernants dépensent 320 milliards de dinars, et bien d’autres milliards encore comme pour les locaux du président par exemple, sans aucune contrepartie pour la population et croyant que c’est cela la puissance politique, lorsqu’un « ponte » bloque, sans remords, le développement de tout un créneau dans une grande ville, lorsque un importateur sacrifie sans état d’âme la production de nos paysans et un autre, sans scrupules, peut vendre des véhicules non conformes aux normes de sécurité contribuant largement à l’hécatombe que vit le pays sur ses routes (plus de 4000 morts par an), on se dit que beaucoup parmi nos riches et nos puissants ne sont qu’une élite de contrefaçon ignare et inculte. Ayant perdu la « aaçabiya » (Ibn-Khaldoun) de leur peuple, ils ne peuvent pas comprendre que la richesse et la puissance dans un pays pauvre et faible ne mènent à rien. Ils oublient qu’à l’étranger, avec les « trompe, marin et marine » qui réapparaissent, ils ne seront que des « colonels Bendaoud » risquant d’avoir à subir ce que les « ricains » ont fait à leurs compatriotes d’origine japonaise après Pearl Harbour ; la garçonnière à Paris, prévue comme issue de secours, n’y pourra rien. Quant à nous, naïfs impénitents, nous continuerons à vouloir des « Hocine Ait Boudiaf » à tous les niveaux de l’Etat afin d`accepter de voter et de travailler dans les bureaux de vote bénévolement et sans triche.

Noureddine Morsli

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