Le Matin d'Algérie

Pourquoi je n'ai pas regardé le match de l'équipe nationale

Si je n’ai pas suivi le match de l’équipe algérienne, ce n’est pas à cause des faux frères de l’Arabie qui ont exigé de l’Algérie une somme trop élevée pour le diffuser, car ces gens n’ont jamais reconnu cette fraternité inventée par ceux qui ont gommé l’Amazighité, l’authentique identité afin de nous coller à ces enturbannés qui nous sont étrangers.

Si je n’ai pas regardé le match Algérie-Tunisie et si je n’ai pas poussé des cris d’hystérie, ce n’est pas que je n’aime pas ma patrie, ce n’est pas parce que je ne souhaite pas la victoire de cette contrée. Sauf que mon amour pour cette mère-patrie est plus grand que le slogan creux « one, two three, viva l’Algérie ». Mon amour pour ce pays que je porte dans le cœur n’est nullement un décor dans mes discours. Il n’a rien à voir avec son pétrole qui fait monter sur le trône ni avec son or qui transforme les médiocres en hommes forts qui sont prêts à lui passer sur le corps pour sauvegarder leur confort.

Ces détenteurs de la boîte de pandore qui traînent la peur la haine et la mort adorent le peuple qui dort aux chants des speakers berceurs. Mon amour n’a nul lien avec ses pétrodollars qui transforment les ignares en phares et en maîtres d’art.

Si je n’ai pas suivi cette rencontre, ce n’est nullement par peur de la défaite, car la défaite est devenue ma sœurette dans toutes mes luttes jusqu’à devenir une risée de toute la planète. Le mensonge dans lequel je m’abrite m’a fait croire que nous avons réussi même à inventer un remède au diabète. Nous qui n’arrivons pas à fabriquer une disquette, nous croyons que nous pouvons réduire l’Amérique en miettes. Comme les chutes sont devenues des rites, je n’ai plus peur des pertes et je suis même habitué à fêter les défaites.

Si je n’ai pas regardé notre équipe, ce n’est pas par peur que le pouvoir nous vole cette victoire pour la transformer en sa gloire, car je me suis accoutumé au noir, les coups d’État sont devenus des jubilatoires, la raison blasphématoire, la brosse rémunératoire, les zaouïas purificatoires. À présent, notre devoir est de croire et d’admirer les résidents de la tour d’ivoire à partir de nos douars.

J’avoue que j’avais fait un effort pour voir ces « héros » du sport qui ne connaissent de l’Algérie que l’aéroport et les luxueux hôtels où ils dorment et tortorent et le stade de la coupole où ils dégourdissent leurs pieds, leurs cuisses et leurs fesses. J’ai essayé de me concentrer sur ces jeunes de l’euro qui jouent plus aux dévots qu’aux joueurs fervents, mais à chaque fois que mon regard se pose sur cette merveilleuse pelouse, j’oublie nos onze qui ne connaissent pas chez nous pareille pelouse et je me demande où sont passés et où passeront tous les flouses dont ma patrie dispose ?

Je n’ai pas pu suivre leur jeu fade, car mes yeux baladent dans le splendide stade, ils ont remarqué l’absence des hautes clôtures qui barricadent nos stades et j’ai compris que nous sommes un peuple malade qui raconte des salades pour tromper avec une fausse façade. Lorsque je vois ces belles jeunes filles sans hidjab qui se baladent sans causer des tornades et sans que les hommes ne se forment en brigades pour les bombarder d’insultes si blessantes que les canonnades, j’ai compris que notre école est une mascarade qui forme des bandes qui ne marchent qu’avec les bastonnades.

Mon regard quitte sans cesse le terrain pour se poser sur les gradins, là où j’ai vu que les sièges ne sont pas arrachés pour être lancés sur le terrain, je n’ai aperçu ni déchets ni débris auxquels nous sommes habitués, je n’ai pas vu de bagarres corps à corps qui chez nous font partie du décor. Voilà la civilisation au bon goût sans « One, two, trée viva le Congo ».

Après cette rage à cause de tous les grippages et les dérapages qui m’ont poussé à détourner mon visage de ces jeunes à fleur d’âge, j’ai regardé sur mon écran la dernière image et j’ai trouvé que l’Algérie a perdu face aux enfants de Carthage.

Ô lecteurs ! Pardonnez-moi ma berquinade, car j’appartiens à cette peuplade malade et rétrograde qui danse dans les stades et qui psalmodie les capucinades.

Rachid Mouaci

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