Le Matin d'Algérie

Mohamed Tamalt : Un drame qui en cache d'autres

Dossier clos selon les serviteurs de la régence algéroise, le détenu Tamalt est mort de la détérioration de son état de santé. Aucune raison pour que ce dossier, simple matricule dans le flot des affaires de justice, sorte des balises rigoureuses d’une justice dont on affabule une république promise mais jamais advenue. Circulez, il n’y a rien à voir !

Pourtant, quoi qu’en dise M. Tayeb Louh, pour toute personne douée de raison, le cas de cet homme qui vient de mourir en détention soulève de sérieuses questions.

Piège prémédité ?

Citoyen Algérien et sujet Britannique, l’homme s’est fait connaître par ses dénonciations répétées de faits illustrant des agissements kleptocratiques des strates les plus en vue de l’administration algérienne. Incisif et véhéments, il mettait en cause les premiers cercles du pouvoir pour des faits d’enrichissement personnels dont les sources ne peuvent être que les détournements et la corruption. En juin dernier, rassuré semble-t-il par les assurances d’un ancien député islamiste mandaté en émissaire par la régence, Mohamed Tamalt rend visite à sa famille en Algérie.

Il se rend vite compte qu’il faisait l’objet d’une surveillance resserrée. Il en fait part sur sa page Facebook. Qu’en est-il vraiment de l’existence de cet émissaire et des assures qu’il aurait donné à Tamalt ? L’objet de la démarche du député islamiste est-il de rassurer ce jeune révolté ou plutôt de lui tendre un traquenard ? Toujours est-il que Tamalt est rentré à Alger avec un certain sentiment d’impunité.

Arrêté sur autosaisine du parquet qui le poursuit pour « outrage au Président et aux institutions de l’Etat« , ce qui est prévu par le code pénale, il est placé sous mandat de dépôt, ce qui est une transgression flagrante de la même loi ! Dès lors, n’est-il pas permis de dire que la messe est dite ? Expliquons-nous.

Une condamnation scélérate

Les faits reprochés au journaliste sont sanctionnés par l’article 144 bis. (Modifié) du code pénal. Ses dispositions excluent toute peine privative de liberté. S’il avait outragé le prophète de l’Islam ou l’un de ses prédécesseurs des religions monothéistes, là l’article. 144 bis 2. (Nouveau) prévoit une peine de prison. En outre, s’il s’était s’agit d’un outrage à magistrat ou à un représentant de la force publique, là aussi l’article Art. 144. (Modifié) prévoit une privation de liberté. Mais, dans le cas d’espèce de l’outrage à M. Bouteflika, la loi prévoit une amende et son doublement en cas de récidive. Alors, M. Tayeb Louh, pourquoi Mohamed Tamalt s’est-il retrouvé dans vos établissements pénitenciers ?

Condamné à la peine maximale prévue par un article qui ne concerne en rien les faits incriminés Mohamed Tamalt, comme toute victime de l’arbitraire et du déni de justice, n’avait d’autres moyens que de recourir à l’ultime acte de résistance : dévoiler ses geôliers au péril même de sa vie. Au point où en sont les choses, c’est bien le gouvernement qui est mis au banc d’accusation. D’autant plus que le frère du journaliste a de longue date introduit une peinte pour des violences dont le gréviste de la faim aurait été victime.

Fekhar, Bouhafs, Bouras et les autres

Malheureusement ce drame risque d’en annoncer d’autres. Le régime a renoué avec des moeurs, de longue date, inscrites dans son ADN. De nombreux citoyens croupissent dans les bastilles de ce régime.

A la prison de Ménea, dans des conditions inhumaines, des citoyens du Mzab purgent de la prison préventive ; mais, rassurez-nous M. Louh, c’est bien cela le cheminement normal du dossier de ces citoyens ? Pourtant, la semaine dernière, Me Debouz, alertait l’opinion sur la détérioration de l’état de santé de son client, le Docteur Kamel-Eddine Fekhar. Il a fallu tout le tact et la force de conviction de ce défenseur des droits de l’homme pour convaincre pour parer à l’irréparable.

Ailleurs, d’autres citoyens tel Slimane Bouhafs, dont les crimes semblent être sa foi chrétienne et son combat autonomiste, se voient privé de liberté par des procès expéditifs. D’autres noms peuvent être rappelés à votre élevée attention. A l’exemple de celui de cet autre journaliste, Hassan Bouras, dont votre régime punit l’impertinence.

Une puissance illusoire

A l’heure du renouvellement des allégeances en vue d’une cinquième mandature, la seule force de votre régence, M Louh, réside dans l’état de désarçonnement de la société et de perdition de ses élites. Mais, rappelez-vous, le colonialisme français aussi a eu cette force et nous savons tous qu’elle a été illusoire.

Mohand Bakir

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