La récente déclaration de la ministre de la solidarité nationale qui aurait appelé de tous ses vœux les femmes cadres d’Etat à céder une partie ou l’intégralité de leurs salaires au Trésor Public en se contentant de rester à la charge de leurs époux, afin de parer aux effets de l’austérité prête vraiment à rire.
D’abord, parce que le propos est offensant pour toutes ces femmes algériennes qui veulent reconquérir leur place dans une société rongée par la misogynie et les réflexes patriarcaux. Et puis, il paraît que, perdues et sans stratégie globale de sortie de crise, nos têtes pensantes qui savent bien, en revanche, pêcher en eau trouble, préfèrent encore emprunter les raccourcis démagogiques pour caresser les masses dans le sens du poil.
Si j’avais dit dans l’une de mes précédentes chroniques qu’il y a une grave crise de confiance qui mine et fragilise les appareils de l’Etat à l’heure présente, c’est parce que, justement, le constat de faillite de nos élites et de déliquescence de nos institutions est sans appel. Or, seule la confiance peut nous mener à poser un regard lucide sur nous-mêmes. Elle nous aidera, aussi, à identifier nos limites, soit pour les corriger, soit pour les dépasser, soit pour les accepter. C’est pourquoi, il va falloir atteindre ce stade critique de raisonnement pour que nous soyons mûrs et surtout aptes au changement.
A vrai dire, tous les problèmes auxquels nous nous confrontons en Algérie sont dus à cette panne dans la dynamique d’identification : on ne sait ni où l’on est ni ce qui nous arrive! Or, c’est ce qui nous est demandé pour évacuer par exemple nos refoulés identitaires, avancer dans les réformes et nous ouvrir vers les autres. Décidément, cela requiert l’intelligence mobile et curieuse de l’imaginaire social dont l’école est la pierre de touche.
Rien de tout cela pour nous, la nomenklatura d’Alger a jeté les bases d’une « société de défiance », laquelle est directement liée d’après les chercheurs Pierre Cahuc et Yann Algan,à un non-enseignement de la solidarité, la coopération et l’amour de la patrie à l’école. Ce qui affecte d’abord la psyché individuelle, puis collective. Nous y sommes presque, hélas! Observons bien comment nos élèves aux collèges, nos lycéens et même nos étudiants copient les « faux-modèles » de réussite sociale et matérielle hors des temples du savoir, dans la rue, faisant fi des vertus de l’éducation, la morale, les valeurs, etc. C’est que l’emprise sauvage de l’esprit grégaire d’une foule tant gangrenée par la rente aurait pris de court tout élan d’épanouissement culturel ou éducatif.
La société est comme fermée à l’aération, assise sur ses vraies normes et sa volonté de changer. Elle est atrophiée ; molle ; atone ; sans énergie. De même, le chemin qui doit la mener vers le salut est bien long et très escarpé. Ses fractures n’ont été qu’aussi profondes comme en témoignent les tensions sociales et surtout la peur qui gagnent des pans entiers de la population ces dernières années. D’où l’urgence de tâcher à soutenir, autant que possible, une nouvelle approche d’un dialogue sans exclusive qui rendra la nation plus organisée, solidaire, soudée, unifiée… forte.
Kamal Guerroua
