La dramatique disparition de la petite Nihal donne des ailes aux partisans de la peine de mort. La grande émotion créée par l’ignoble crime crée un climat favorable à cette campagne. Le drame devient prétexte pour réclamer la levée du moratoire sur les exécutions capitales. La peine de mort continue à être requise et prononcée dans les tribunaux algériens, mais elle n’est plus mise à exécution depuis 1993.
Les arguments avancés ne sont pas nouveaux. Ressassés à chaque fois qu’une macabre occasion leur en est offerte, ils masquent mal l’apriori politico-religieux qui sous-tend le positionnement : l’application Al-Qissas (la loi du talion).
Dissuader les criminels et les pervers. Deux catégories différenciées sciemment amalgamées en une de sorte à les vouer au pire des châtiments. Le criminel étant nécessairement pervers et inversement. Pourtant, jamais et nulle part, cette peine extrême et sans appel n’a démontré l’efficace capacité de dissuasion qui lui est prêtée. Les auteurs des attaques de Guemmar, de l’Amirauté et ceux de l’ignoble attentat de l’aéroport international d’Alger ont été jugés, condamnés à mort et passés par les armes. Pourtant, cela n’a pas empêché l’amplification de la dévastation islamiste. Partout de par le monde, la peine capitale a montré sa parfaite incapacité à prévenir, à intimider et à dissuader. L’Iran, les États-Unis, la Chine et l’Arabie Saoudite sont des cas d’école en la matière. Ils tuent pour de nombreux crimes sans venir à bout d’aucun d’entre eux.
La peine capitale est un legs lointain des sociétés humaines. Simple coup de pierre sur la tempe, lapidation, bûcher, gibet, potence, empalement, décapitation, strangulation, écartèlement, l’humanité à fignolé le moyen d’ôter la vie pour l’exemple. Car c’est bien là la prétention de cette sentence. Elle postule aller au-delà de la punition du supplicié. Elle se voit comme un ultimatum à l’adresse de ceux qui pourraient potentiellement suivre la voie du criminel qu’elle broie impitoyablement. Mais, malgré cela, depuis la nuit des temps, il se trouve toujours une nouvelle situation où il faut rejouer cette macabre pédagogie de l’horreur. A force de répétition on aurait espéré que l’inefficacité de la méthode soit reconnue ; mais, ses partisans s’y refusent obstinément. Et chaque drame est pour eux l’occasion de louer la faucheuse.
Il est connu que l’émotivité est le pire ennemi du droit et de la justice. Or, les partisans de la peine capitale n’ont qu’elle pour alliée. A chaque fois qu’un crime odieux émeut l’opinion et attisent les passions, ils surgissent pour louer la solution létale. Or avec cette funeste procédure, en cas d’erreur de la justice, il n’y a plus aucune possibilité de réparation, aucun retour en arrière de possible. Là aussi, le nombre de victimes d’erreurs judiciaires aux Etats-Unis nous rappelle combien cette réponse n’est pas la plus appropriée à l’abomination humaine.
La justice aujourd’hui n’est plus ce qu’elle était dans les temps anciens. Elle a maintenant à sa disposition les moyens de protéger la société sans attenter à la vie. Soigner le pervers, punir le criminel ; les confiner dans des espaces où ils seront hors d’état de nuire, toute justice digne de ce nom en est, aujourd’hui, capable. Mais, les vieux enseignements religieux empreignent encore trop les esprits et obscurcissent les consciences. L’homme se convainc encore que sa justice soit un instrument de vengeance divine. La justice humaine attendra [1].
Mohand Bakir
Notes
[1] Dans la sagesse populaire le partage divin est celui de l’inégalité qui fait le riche et le pauvre, le fort et le faible. Par contre celui de l’homme, est égalitaire. Si un vieux paysan vous fait choisir entre les deux partages optez pour celui de l’Homme.
