Sous la botte coloniale, Alger Républicain avouait ne pas pouvoir dire toute la vérité. Mais, dans ses colonnes, ce qu’il disait était néanmoins une partie de celle-ci. Il lui arrivait même de ne pas pouvoir dire la moindre parcelle de vérité. Alors, dans ce cas, il livrait à ses lecteurs une édition où l’espace de cette vérité censurée était un blanc. Un blanc correspondant à l’espace qu’aurait dû occuper la vérité partielle qu’il pensait pouvoir dire. Je crois, que nous y sommes revenus sur cette terre d’Algérie. Mais, nous y sommes en ayant oublié l’audacieuse façon de lutter de ce vieux canard indigène.
La leçon est que ne pas pouvoir dire toute la vérité ne doit jamais nous amener à dire son contraire. Hier, basse besogne des torchons de la colonisation et aujourd’hui service commandé de journaux sans lecteurs mais néanmoins « publicitivores » à satiété.
Après un mois de captivité, les détenus de KBC-El Khabar sont revoyés chez eux avec le poids d’une infâme condamnation sur le dos. Mais la veille, le garde des sceaux et le Syndicat de la magistrature ont opéré un tir de barrage nourri contre la nouvelle bête noire de la Régence : la critique. « On ne commente pas une décision de justice ». Absolument, encore faut-il qu’elle ne soit pas d’injustice ! Qui irait critiquer une justice équitable, capable d’établir les faits dans la clarté et dont les sentences sont à ce point limpides qu’elles ne peuvent souffrir le moindre grief. Avec une telle justice, Mohamed Talmat ne serait pas encore à se demander s’il est incarcéré au titre de l’article 144 du code pénal ou de cet article répété !
Revenons à nos détenus KBC-El Khabar, certes ils vont passer la nuit chez eux, loin de l’univers carcéral où rien ne devait les emmener. D’autant que la détention préventive est censée revêtir un caractère exceptionnel ! Mais, ils sont désormais des repris de justice. Et cela ils le refusent. Leur défense a annoncé son intention de faire appel de ce verdict. Heureusement qu’il reste encore des yeux par-devant lesquelles l’injustice reste inacceptable.
Dans la logique du régime algérien, un système profondément injuste (qui vient bien du mot injustice), anti-populaire et anti-national, le fait de ne pas priver ces détenus de leur liberté plus longtemps est en soi un acte de mansuétude. Pour notre caste militaro-bureaucratique constituée en régence, véritable 5ème colonne au cœur de la Nation, sa bonne grâce est la seule justice que doivent attendre ses sujets.
Le déni de justice s’ajoute désormais aux tares de la régence algéroise. Déjà, la défense de ses intérêts, étroits, parasitaires et compradors, la compromet, comme en témoignent les multiples scandales d’acquisition ou d’accumulations, de par le monde, de biens mal acquis, avec les puissants de ce monde et l’avilissement devant eux. Désormais, avec arrogance elle condamne des innocents, agit au mépris du droit, viole et restreint les libertés.
Il est vital que nos hommes politiques et de médias, que tout le front démocratique, ne recule pas face aux menaces arrogantes de M Bellaiz et Consorts. Bien sûre, dans les conditions d’aujourd’hui, il est impossible de dénoncer tout l’arbitraire. Alors, qu’il soit dit que nous ne pouvons dénoncer tous les arbitraires, toutes les forfaitures, mais nous ne nous ferons jamais les négateurs de l’hideuses réalité du pouvoir algérien. Nora Nedjaï, Mehdi Benaïssa et Ryad Hartouf, sont hors de leurs cellules, mais comme le montre la position de leur défense, la condamnation qui les frappe n’est pas la justice.
Mohand Bakir
