Un internaute injustement inspiré a cru de son droit de gourmander Mohamed Benchicou, en lui intimant de se taire. Comme le propos est léger ! Lorsque l’on sait combien cela a couté à Benchicou de dénoncer toutes les impostures, toutes les injustures, en parlant haut et clair. Passons sur la légèreté et l’inconséquence du propos.
Notre bloggeur écrit, avec une mâle assurance : « Ce qu’on voudra c’est des propositions…proposez nous ou bien taisez vous et écrivez des poèmes ! » Puis, se prenant pour Dieu le Père, il assène en conclusion, « alors PROPOSEZ ou TAISEZ VOUS svp». De quel droit cette injonction ?
Certains, en lisant ce court brûlot, ont du sourire et hausser les épaules ; d’autres, s’insurger devant l’étalage de tant de « responsabilité ». Personnellement, la mouche m’a piqué, pour le sort fait aux poètes, comme s’il s’agissait d’êtres évanescents, loin des luttes de leurs peuples. Le cœur de Mahmoud Darwish s’est arrêté de battre à cause de sa Mère Palestine. Sebti a été égorgé pour ses illuminations. Car le poète est un illuminé. Un être de vif argent, au regard dense et pluriel. Sa parole brève, souvent fulgurante, insuffle une vérité singulière au cœur du monde qui l’entoure. Sa vérité est portée par le plus grand nombre, tapie dans les âmes de tous « les damnés de la terre ». En écrivant pour lui, il ouvre portes et fenêtres pour tous les emmurés. C’est un passeur de mots et d’images, habitant l’inconscient et l’imaginaire de tous les bâillonnés. Il continue à marcher lorsque les autres s’arrêtent, car son regard traverse l’horizon et interpelle l’orage qui tarde à éclater. Comme Djaout, « Tahar » de son prénom, comme Yacine, fils des Keblout, comme Eluard, chantant la liberté sur ses cahiers d’écolier, comme René Char écrivant au cœur de la Résistance et de son maquis de Sidi Ferruch : « La ligne de vol du poème. Elle devrait être sensible à chacun ».
Alors, pour tous ceux qui ne volent pas au soleil des poètes, au moins si vous ne faites rien, n’accablez pas ceux qui écrivent et font.
Parce que l’enjeu essentiel n’est pas de faire des propositions – toutes les algériennes et tous les algériens en font, tous les jours, en partant de leurs problèmes concrets – mais de donner corps aux propositions que l’on fait, de les faire vivre, en s’engageant réellement et en s’organisant. Au lieu d’écrire, « PROPOSEZ ou TAISEZ VOUS », il serait plus conséquent, plus responsable et citoyen d’écrire : « proposons, organisons nous et agissons ensemble ! »
Et surtout, svp, ne crachez plus sur les poètes !
Si Mohamed Baghdadi