Au 1er janvier de l’année prochaine, nous serons 41,2 millions d’Algériens ! Et en raison de la forte progression de la natalité, le cap d’un million de naissances par an, sera, probablement, atteint pour la première fois dans l’histoire du pays. Autrement dit, les naissances annuelles seront de la dimension de la population d’une commune voire deux ! Dans les trois années à venir, elles atteindront la taille d’une wilaya !
On aurait pu s’attendre à ce que l’incertitude suscitée par la crise pétrolière fasse chuter la fécondité et/ou le désir d’enfants chez les couples ou ceux en devenir ; apparemment non ; aux questions posées autour de « combien voulez-vous avoir d’enfants ? » Il y a ceux qui « s’en remettent à Dieu et au mektoub » et les autres « qui en veulent au moins trois ». Ce désir d’enfant ou cette aptitude à la procréation sans limites ne sont pas dus au hasard, puisque, rappelons-le, dans notre pays, plus on procrée, plus on touche d’allocations.
Mais, les vrais problèmes qui se posent et se poseront davantage à l’avenir, concerneront le chômage et l’emploi ; les derniers chiffres du chômage viennent, d’ailleurs, d’être rendus publics : le taux est passé de 9,6% à 10,6% entre 2013 et 2014 ; 16% des diplômés universitaires souffrent de ce phénomène. La pression sur le marché du travail s’accentuera avec 280 000 demandes d’emploi/an qu’il n’est pas possible de satisfaire, sachant que la fonction publique n’est pas, n’est plus un « réservoir d’emploi ». Cela ne semble pas perturber pour autant le ministre du travail, Mohamed Ghazi qui, en principe, doit se préoccuper davantage du rapport « ctifs-inactifs ».
En effet, le nombre de ceux qui ont un emploi diminue à vue d’œil, contrairement aux seconds dont le nombre augmente, ce qui a pour effet de diminuer la part des cotisations salariales. Sachant que notre système de retraite est fondé sur la logique de la répartition, il faudrait que ce ministre explique comment, et surtout où, il compte trouver des sources de financement complémentaires à même de garantir le système de retraite actuel.
Les années à venir vont être, extrêmement, difficiles nous prédisent les experts ; selon une étude de l’ONS, les algériens seront au nombre de 55 millions d’habitants entre 2050 et 2100, quand, peut-être, au même moment à Dieu ne plaise, nos richesses fossiles tariront. Il reste le gaz de schiste diront certains, mais à quel prix et surtout comment y recourir ou penser à l’exploiter dans le contexte de crispation dans lequel se trouvent nos régions du Sud ? De plus, et si la croissance économique tarderait à venir, et si la population active occupée serait en régression ou se stabiliserait à son niveau actuel, comment le gouvernement, comment surtout Mohamed Ghazi, ministre concerné au premier chef par toutes ces questions, pourrait assurer les retraites d’aujourd’hui et de demain ? On évoque, déjà, dans certaines sphères spécialisées, le système de retraite par «capitalisation» comme solution à la crise du système actuel, mais on en est au stade des discussions entre experts et on trouve déjà côté des travailleurs, une forte résistance.
En 1988, on comptait huit travailleurs qui cotisaient pour un retraité ; aujourd’hui, ce rapport n’est plus que de 2,5. Les causes de cette situation sont connues : vieillissement progressif de la population, nombre de retraités en hausse, suite aux mesures de départs volontaires, et autres fermetures d’entreprises publiques, et le rapport actifs/inactifs risque de se dégrader davantage si les mesures de gel du recrutement décidées par le premier ministre sont mises en œuvre, de façon drastique.
L’inéluctable vieillissement de la population, comme on l’a dit, risque d’aggraver encore plus la situation : la population des «vieux» est passée de 6,2% en 2000 à 9,2% en 2020, pour atteindre 22% en 2050. Les services de gériatrie sont quasi-inexistants, carence qui impactera le corps médical, lui-même en butte à de nombreux problèmes qu’Abdelmalek Boudiaf, le ministre de la santé n’est pas arrivé à résoudre. Et pour cause, il n’est pas du secteur !
Rappelons aussi pour corser cette équation dont va hériter, à coup sûr, le prochain gouvernement, que le boom des naissances des années 70/80/90 a fait qu’actuellement, environ 70% de la population algérienne a moins de 35 ans et que cela n’est pas sans conséquences sur l’emploi, le logement, la facture alimentaire, les loisirs etc. Inexorablement la population algérienne poursuivra une croissance pendant une génération avant de se stabiliser. Si l’on voulait la stabiliser au plus vite, il faudrait des mesures dictatoriales pour empêcher les femmes d’enfanter comme, par exemple, la piste du plafonnement des allocations familiales à 2/ 3 enfants mais beaucoup doutent de son efficacité !
Il y a aussi le poids des traditions et de notre religion qui est contre toute limitation. On l’aura compris, inutile d’ouvrir ce débat, au risque de donner du «grain à moudre» à qui vous savez ! De plus, l’Algérie n’étant pas la Chine, on ne peut parler de restriction ou de limitation «politique» des naissances ; cela ne serait pas, seulement, immoral, ce serait, également, stupide avec le risque de déboucher sur un coup d’«accordéon», comme en 1970, lorsque les dirigeants de l’époque ont estimé «qu’il y a avait trop de médecins et pas assez de pêcheurs en Algérie» ; ils ont donc fermé l’accès aux facs de médecine et subventionné l’achat massif de petites embarcations de pêche, cela pour s’apercevoir, ensuite que l’on manque de personnel médical, et qu’on n’a pas, pour autant, résolu, à ce jour, notre problème d’abondance de poissons ! Et ce n’est pas Sid Ahmed Ferroukhi qui va affirmer le contraire ou changer les choses, lui qui semble être assis sur un siège éjectable.
Autant dire que le gouvernement aura du souci à se faire face à cette percée démographique :
- que va-t-il faire, par exemple, des vieux cités supra, du million de naissances prévu annuellement et de tous ces trentenaires qui attendent tout de «l’Etat-providence» ?
- estime-il que la croissance démographique est excessive et préoccupante notamment dans la conjoncture présente, comme le soutiennent les économistes qui y voient un frein au développement ?
- comment compte-t-il s’y prendre pour juguler ou, pour le moins, réguler la démographie dans notre pays ?
- ou est-ce une bénédiction et un atout pour l’avenir, comme le pensent certains démographes qui disent que l’Algérie, puissance régionale, s’il en est, se comporterait mieux avec une population de 100/200 millions d’habitants ?
Notons, déjà, que deux écoles s’affrontent en matière de démographie : la Chine qui contraint ses citoyens, depuis des lustres, à un contrôle des naissances draconien (politique de l’enfant unique) ; l’Inde, qui ayant décidé de « laisser filer », sera plus peuplée que la Chine avec un âge moyen moins élevé
Dans les années 1950, le général de Gaulle, disait de la Chine de l’époque qu’elle était «innombrable et misérable». C’est parce qu’elle a fait l’effort de ne pas être plus «innombrable» chaque année qu’elle a cessé d’être misérable. L’Inde, quant à elle, n’ayant pas voulu faire le même effort, s’est laissée distancer par la Chine et par la plupart des autres pays asiatiques. Le revenu des Indiens, est, en 2014, inférieur à celui des autres asiatiques et même à celui de l’africain.
L’Algérie peut-elle emprunter la même voie que la Chine, c’est-à-dire être « innombrable » ? Et par voie de conséquence « misérable » ? Certains, comme le professeur Chems-Eddine Chitour, sont pour le «dynamisme démographique» qui demeure une chance pour notre vaste pays et ses riches territoires du Sud et des Hauts Plateaux ; ce capital humain, selon eux, constitue un formidable vecteur de croissance si de lourds investissements sont rapidement investis dans l’emploi, la santé et l’éducation, sans oublier le logement.
Pour les antis, si nos gouvernants continueront de suivre le mauvais exemple que nous donne l’Inde, ils doivent savoir qu’ils ne pourront ni éduquer, ni soigner, ni donner de l’emploi encore moins assurer la sécurité, ou loger une population en croissance démographique, trop rapide.Une population d’assistés, incapables de prendre leur destin en mains, demandant, sans cesse, à l’Etat de la sécurité (c’est-à-dire de la défense, de la police, de l’instruction, de la santé, un logement et un emploi), exigeant aussi les meilleurs services pour le prix le plus bas ; ces gens-là sont consommateurs égoïstes de services publics qu’ils ne songent même pas à rendre aux autres. Ils ne font que réclamer des miettes d’une abondance en voie d’extinction. Chute du prix du baril de pétrole oblige !
A priori, cette équation démographique ne semble pas alarmer les pouvoirs publics et pourtant elle doit être résolue avant qu’elle ne devienne un réel problème de société. La croissance économique du pays va être « mangée » par une démographie galopante et le débat est, d’ores et déjà, ouvert entre ceux qui pensent que l’incertitude économique est mauvaise pour la démographie et ceux qui estiment que la récession encourage plutôt le nombre de naissances. Le gouvernement a donc, pour ardente obligation, d’inverser la courbe démographique, et qu’il cesse, une fois pour toutes, de s’en remettre aux cours du pétrole, espérant quelque miracle ! A moins qu’il ne décide de refiler la «patate chaude» à l’équipe ministérielle qui se prépare à lui succéder, éminemment sous peu.
Voilà un débat à même de nous faire oublier le tweet de Manuel Valls, pour peu que ceux d’en haut daignent parler à notre intelligence ! Pour notre part, on est prêts à leur prêter « deux neurones » afin qu’ils nous disent ce qu’ils comptent faire.
Cherif Ali
