Par Hassane Zerrouky
Le secrétaire général de l’UGTA n’est pas content et l’a fait savoir. « Les étrangers n’ont pas le droit de porter des jugements sur l’Algérie avec la complicité des Algériens » a-t-il déclaré. Il a accusé la Fondation Ebert « d’avoir outrepassé les taches et les prérogatives convenues au début de son activité en Algérie », avant de demander que l’on reconsidère « la présence de cette fondation en Algérie » !
Le crime de cette Fondation est d’organiser des débats sur des thèmes socio-économiques donnant lieu à une lecture des faits qui ne cadrent pas du tout avec celle du discours officiel. Ce qui a irrité les officiels, c’est le fait que des chercheurs algériens dont Nacer Eddine Hamouda et Abdelmadjid Bouzidi aient considéré que le taux de chômage officiel (1,8 %) ne correspond pas à la réalité. Et au lieu de répondre par des arguments, on brandit la menace d’interdiction de ces débats.
Cela étant, si des Algériens viennent animer des conférences-débatà la Fondation Ebert, c’est parce qu’il n’y a plus d’espace libre à Alger où l’on peut débattre démocratiquement de la situation du pays. Les télés et radios sont squattés par le pouvoir et les partis qui l’appuient. Le Centre international de presse où étaient organisés des débats, où des leaders politiques pouvaient donner des conférences, n’existe plus depuis que la wilaya d’Alger a décidé, de le récupérer. Ce centre était le dernier lieu d’expression libre existant à Alger. Et si demain, on interdisait à la Fondation Ebert, sous prétexte d’ « ingérence », l’organisation de débats libres, il n’y aura dès lors plus un seul espace d’expression à Alger.
Ce faisant, au lieu de s’en prendre à la Fondation Ebert, Sidi Saïd serait mieux avisé d’exiger que les intelelctuels, les chercheurs qui ont des choses à dire, qui ne sont pas là pour dénigrer, que les partis et associations, puissent disposer de lieux d’expression sans qu’ils soient obligés de demander l’autorisation de la wilaya pour disposer d’une salle, autorisation qui leur refusée au nom de l’Etat d’urgence !
Plus généralement, à lire Sidi Saïd, on se demande dans quel monde il vit. Il semble oublier qu’une institution ayant pour nom le FMI épluche les comptes du pays et émet un jugement auquel l’Algérie est tenue de se conformer. Que l’Algérie est tenue de lui donner toutes les informations économiques et financières et de ne rien lui cacher. C’est ce même FMI qui a d’ailleurs imposé un plan d’ajustement structurel en 1994, plan qui s’est soldé par la fermeture de 1010 entreprises et plus de 500 000 salariés à la rue, que notre gouvernement dirigé alors par Ahmed Ouyahia a appliqué sans rechigner. Et ce, sans que personne n’ait crié à l’ingérence dans les affaires internes du pays ! Le même Ouyahia n’a-t-il pas déclaré il y a quelques jours qu’une baisse brutale du baril pousserait le FMI à imposer un plan de rigueur à l’Algérie ? Cela veut dire quoi ? Cela veut dire qu’en dépit de l’embellie financière actuelle, l’économie algérienne reste sous haute surveillance des institutions financières internationales. Et qu’à la moindre alerte, ces messieurs du FMI et de la Banque mondiale pointeraient leur bout du nez sans crier gare, sans qu’on leur interdise l’ouverture des comptes de la nation avec l’aval des Algériens qui gouvernent le pays ! Dès lors s’en prendre à la Fondation Ebert relève d’un combat d’arrière garde.
H.Z