Ahmed Ouyahia et son porte-parole Abderrachid Boukerzaza viennent à l’unisson, de « regretter » que les médias algériens aient exagéré l’ampleur des actes terroristes. Les deux hommes expliquent aux journalistes inconscients que « les groupes terroristes tentent de donner un écho médiatique à leurs actes, après que les forces de sécurité aient resserré l’étau sur eux. » Ils préconisent de se ressaisir : « Nous devons tous travailler à ne pas être victimes de la propagande ».
Je ne sais si c’est de la « propagande » l’attentat suicide devant l’école de gendarmerie des Issers (44 morts et 38 blessés). En tout cas, c’est le plus meurtrier de l’année en Algérie. Quant à la mort de douze employés algériens de la firme canadienne SNC-Lavalin, les journalistes n’y sont pour rien : l’attentat à la voiture piégée de Bouira a bien eu lieu. Tout comme ils sont étrangers à l’assassinat du colonel, chef du secteur de Jijel.
Le gouvernement a certainement ses raisons de vouloir faire taire dans les médias une guerre qui fait des centaines de morts chaque année.
C’est à ce prix qu’on peut sauver l’image du clan au pouvoir et cacher l’échec de la « réconciliation nationale ».
Mais alors, il faut être cohérent.
Or le pouvoir vient de déclarer qu’il augmenterait le budget du ministère de la défense à 383 milliards de dinars, l’équivalent de 6.25 milliards dollars durant la prochaine année 2009. Le relevé de distribution du budget sectoriel annuel, a indiqué que le budget du ministère de la défense est multiplié par trois comparé à celui de 2008 qui ne dépassait pas 2.5 milliards dollars.
Tout cet argent pour une « opération de propagande », pour une « guerre inventée par les journalistes » ?
Le gouvernement vient de se démentir lui-même.
Voilà ce qui s’appelle se prendre les pieds dans le tapis.
Le Matin
