Le Matin d'Algérie

Révision constitutionnelle : le fait du pharaon !

« … Une constitution peut toujours être violée à condition de lui faire une bâtarde », Michel Poniatowski , homme politique français.

Depuis la proclamation du 1er novembre 1954, en passant par la plate-forme de la Soummam (1956), du Caire, (1957), Tripoli 1 et 2, pas une seule plateforme n’a résisté au viol collectif. La Charte d’Alger de 1964 a été violée à la faveur du coup d’Etat du 19 juin 1965 avant même que l’encre avec laquelle elle avait été rédigée ne se fige.

De 1965 à 1976, soit pendant 11 années, Boumediene avait dirigé le pays par décrets, sans parlement, ni ministre de la Défense, ni chef de d’état-major, ni conseil d’Etat. Seul, en dictateur.

Et, pas un seul de ses successeurs n’a résisté à la tentation de se tailler une constitution sur mesure et de la retoucher (réviser) à sa guise pour l’ajuster à ses acquis et à ses souveraines ambitions futures démesurées.

En 1999, en arrivant au pouvoir dans des conditions à tout le moins contestables, M. Abdelaziz Bouteflika a trouvé une constitution qui limitait les mandats présidentiels à deux quinquennats. Nul ne l’a empêché de la violer pour s’autoproclamer président à vie. Et peut-être même laisser en héritage aux générations futures une république héréditaire. Qu’on ne pourra plus corriger si tels étaient ses délires.

Et voici que le même Président propose pour l’avenir lointain un article de la loi constitutionnel limitant les futurs mandats de ses successeurs à deux quinquennats. Il s’agit d’un article insusceptible d’être révisé.

Ne se prend-il pas pour un potentat levantin, un pharaon, un Néron, un prophète qui édicte des lois divines, immuables, qui « survivent au temps et hommes », qui s’imposent aux générations des prochains millénaires sans leur donner la possibilité de s’en affranchir. Ne sommes-nous pas face à une proposition indécente, monstrueuse ? Ne sait-il pas que tout ce que l’homme fait peut le défaire et le refaire à condition d’y mettre les moyens et en respectant la procédure ?

Une constitution sert à limiter les pouvoirs des despotes aveugles. Les constitutions que l’Algérie s’est données à grand renfort de publicité ont-elles limité le pouvoir de ses tyrans ?

En 1876, sous la 3ème république, la France avait pour président Mac Mahon, un royaliste. Aux élections législatives de 1876, le suffrage universel avait dégagé une confortable majorité en faveur des républicains de gauche, qui avaient Léon Gambetta pour leader charismatique. Le président royaliste et conservateur passe outre le suffrage universel et nomme un premier ministre conservateur et royaliste.

La nouvelle majorité refuse de collaborer avec un chef de gouvernement issu d’une minorité. La France s’ouvre à une crise politique aiguë. Le président dissout l’assemblée nouvellement élue et convoque les électeurs aux urnes. Cette expérience a laissé une expression « … Une fois que le peuple se sera exprimé, le président doit se soumettre ou se démettre ».

Une fois que le peuple s’était exprimé par la voix sacrée des urnes, confirmé la victoire des républicains, le maréchal président royaliste, Mac Mahon s’était rallié au suffrage du peuple. Quant à son successeur, il s’était engagé à ne jamais « … aller à l’encontre de la volonté populaire. » Depuis, les chefs des gouvernements français sont toujours est issus de la majorité parlementaire.

Un militant politique doit corriger ses erreurs et à apprendre à gérer ses défaites. Durant le second conflit mondial, Winston Churchill avait vaillamment résisté par suite triomphalement gagné la guerre contre le nazisme et le fascisme. Lors des premières élections législatives d’après-guerre, il les avait perdues à plate-couture. Interrogé par un journaliste : « …Que pensez-vous de la démocratie ? » « … C’est la pire des choses mais il n’y a pas mieux », a-t-il répondu.

Les Algériens aspirent à la pire des choses. Ils veulent une démocratie non-héréditaire et ils l’auront.

Aissa Nedjari

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