Le Matin d'Algérie

Tamazight : identité et langue de deuxième collège

Le 5 janvier 2016, en conférence de presse, M. Ahmed Ouyahia, chef de cabinet de M. Bouteflika, a égrené le texte de l’avant-projet de la constitution qui sera présenté pour amendements aux deux chambres qui se réuniront prochainement en congrès.

Ma réaction à ce texte n’est pas de prétention à l’analyser de fond en comble mais je me limiterai seulement à l’essentiel qui taraude mon esprit et celui de la majorité des concitoyens de même sensibilité que moi, à savoir ce qui est lié aux articles relatant l’identité et les langues nationales et officielles des Algériens.

Le préambule, partie fondamentale indissociable du texte, affiche d’emblée que l’Algérie est une terre d’Islam faisant partie du monde arabe. Ce qui n’a pas changé de tous les textes fondamentaux régissant le pays depuis son indépendance en 1962. En ce sens, dans l’esprit des tenants du pouvoir, l’histoire du pays commence au VIIe siècle niant, comme à leurs prédécesseurs, toute sa riche antériorité amazighe. L’Amazighité dans sa globalité en tant qu’identité et culture d’un peuple, voire d’une Nation, est bel et bien amalgamée comme toujours dans le triptyque « Islam, Arabité et Amazighité ».

L’identité historique arabo-islamique est réaffirmée d’une manière appuyée dans l’article.2 : « L’islam est la religion de l’Etat » et dans l’article.3 « L’Arabe est la langue nationale et officielle. L’Arabe demeure la langue officielle de l’Etat ». Ce dernier place ainsi l’Arabe comme langue supérieure qu’il faudrait en aucun cas remettre en cause comme le stipule l’article.178 (les constantes nationales), ce qui rappelle la pérennité de sa sacralité (langue du coran). Pour le parachèvement de sa généralisation à tous les niveaux de l’Etat et de la société un Haut Conseil est créé à cet effet dont les charges seront soldées par les contribuables.

Quant est-il de la place de la langue amazighe dans le texte?

Pour l’humilier davantage, on lui crée un article sur mesure de deuxième zone, aticle.3 bis. Celui-ci stipule que « tamazight est également langue nationale et officielle ». L’adverbe « également » signifie tout bonnement ce qui vient après. Elle n’est d’ailleurs pas officielle au même titre que l’arabe, elle le sera une fois les conditions de sa promotion seront réunies par une académie créée pour la circonstance et placée sous l’autorité du Président de la république qui a tout le pouvoir de la gérer à sa convenance. Naturellement, cela sous-entend retarder les échéances de toutes les initiatives. Rappelons-nous les propos de Bouteflika, partagés par le cercle du pouvoir : »Tamazight ne sera jamais langue officielle ! ».

Le verrouillage et l’instrumentalisation sont renforcés par une loi organique que le pouvoir aura lui-même décrétée à sa guise. L’expérience du Maroc lui a redonné l’exemple à ce sujet.

Bien évidemment, tamazight ne fait pas partie de l’article 178 qui met à l’abri toute atteinte aux constantes nationales. Pour les tenants du pouvoir, elle n’est qu’un instrument qu’ils manipulent pour diviser les masses populaires et loin de leurs esprits son développement et son épanouissent.

Ce texte de constitution s’il vient à être voté tel quel, le contraire m’aura grandement étonné, augure des années à venir sombres et plus qu’inquiétantes. Il élargira les fractures sociales, amplifiera les conflits entre Algériens et radicalisera des militants de la cause amazighe.

Madjid Boumekla

Un des initiateurs de la pétition « Tamazight langue officielle dans la constitution algérienne »

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