Le Matin d'Algérie

"Pouvoir assassin !"

Ahmed Ouyahia l’a déclaré encore mardi : le président a décidé seul la révision de la constitution déjà « révisée » en 2008. Le pouvoir vient de confirmer encore une fois sa vraie nature verticale.

« Pouvoir assassin ! » clamaient haut et fort les jeunes Kabyles pacifiquement en 2001/2002 alors que les gendarmes leur tiraient dessus avec des armes de guerre. A l’enterrement d’Aït Ahmed, ils l’ont encore une fois répété aux officiels venus à Ath Yahia.

Qassamen ! Aujourd’hui c’est le destin de toute l’Algérie qui est mis entre les mains d’un chef d’Etat malade, diminué et loin des préoccupations des Algériens.

En août 1963, Ahmed Ben Bella avait fourbi sa constitution dans une salle de cinéma avec la complicité de députés du FLN. On connaît le résultat.

Plus d’un demi-siècle après l’indépendance, on en est toujours avec les mêmes escroqueries politiciennes, les mêmes fourberies. En 2016, Abdelaziz Bouteflika (déjà ministre de Ben Bella, il a été à bonne école !) refait le même coup. Il concocte une constitution et entend la faire avaliser par des députés et sénateurs FLN et leurs frères ennemis du RND. « Pouvoir assassin ! »

Sourd et suffisant, le clan aux affaires n’entend plus la rue. Ni la colère contenue, ni leur discrédit. Trop loin, trop affairé ! Pourtant, les voix qui sont montées des collines pendant l’enterrement d’Aït Ahmed sont explicites. Abdelmalek Sellal et les deux présidents de chambres ont essuyé une mémorable leçon d’impopularité. Qu’importe ! L’ancien ministre de Ben Bella qui avait pourchassé les opposants du FFS, entre 1963 au printemps 1965, les avait torturés (3000 prisonniers), condamné à mort Hocine Aït Ahmed, exécuté d’autres, aujourd’hui président, a proclamé, sans rougir, à la mort de cet éternel opposant et (excusez du peu !) héros de la lutte pour l’indépendance, un deuil national. Qassamen ! L’avanie n’a pas d’âge.

Enfin, au bout de cinq ans de tergiversations, le pouvoir vient d’abattre ses ultimes cartes. Une révision constitutionnelle de dernière chance pour redorer son blason. Par ce deuxième viol de la loi fondamentale, le chef de l’Etat n’a, manifestement qu’un seul objectif : laisser (grand bien lui fasse !) une empreinte plus durable de son long règne. Qassamen ! A défaut d’avoir été un bâtisseur de cités, il se pique d’un réformisme douteux.

Le président est réputé madré, maniant diablement le double langage et la dissimulation. Il affiche une chose pour faire son contraire. Car enfin comment peut-on s’enorgueillir de discours de justice quand on laisse des Algériens, comme le journaliste Hassan Bouras ou les militants mozabites en prison ?

En vrai, cher lecteur, la question n’est plus dans la révision ou pas de la Constitution. Elle dépasse même la personne du chef de l’Etat et ses ministres. Elle est consubstantielle aux structures même du pouvoir et à l’imaginaire de ses tenants depuis l’aube de l’indépendance.

Hamid Arab

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