En appelant lundi ses concitoyens à « la mobilisation de tous dans un front national solide » pour lutter contre le terrorisme, le gouvernement algérien a choisi le plus mauvais moment : le divorce avec la société n’a jamais atteint cette ampleur. C’est ce que le peuple appelle la répudiation salutaire.
Les clauses du consensus adopté tacitement au lendemain d’Octobre 88 justement, à l’avènement de l’islamisme armé, entre le pouvoir et la société unis face au terrorisme, ces clauses ne fonctionnent plus. Elles sont atteintes de péremption naturelle : la fin du terrorisme, dont le pouvoir nous rebat les oreilles avec une telle assiduité qu’il a fini par nous en convaincre.
Nous sommes retournés aux véritables lignes de fracture sociales, politiques et idéologiques, celles des années 1980, celles-là mêmes qui ont motivé le formidable soulèvement populaire.
Dix-huit ans après, qui peut le nier, le même fossé sépare le pouvoir de ses administrés livrés aux intolérables humiliations de la précarité et de l’incertitude, gouvernés plus que jamais par le mensonge, la duplicité et la corruption. Le pouvoir algérien a fait de cette pause sociale de quinze années, le plus mauvais usage. Il ne s’est pas amendé, il ne s’est pas rapproché de la population, il n’a pas entamé le fonctionnement démocratique des institutions, il s’est obstiné dans le népotisme, la corruption, le déni du droit et la fraude électorale. Il s’est contenté de reconduire les mécanismes de l’impopularité et de l’illégitimité.
Et puis, un front pourquoi faire ? Pour tendre de nouveau la main aux terroristes ? Chat échaudé …Car écoutons bien le porte-parole du gouvernement, Abderrachid Boukerzaza, au cours d’une conférence de presse à Alger : . « Tout élément des groupes terroristes revenant à la raison est une menace en moins (…), car l’objectif stratégique (du gouvernement) reste la fin du terrorisme, par l’usage de la force de la loi ou par la prévalence de la raison »
Tout ça pour ça ?
Le Matin