Le Matin d'Algérie

L’Assemblée Mondiale Amazighe conteste le recensement de la population du 2014 au Maroc

Le Haut Commissariat au Plan vient de rendre public ses résultats en révélant que le Maroc compte juste 33,8 millions d’habitants avec un taux d’urbanisation atteignant 60,3%, affirmant que 70,2% se concentrent dans cinq régions selon le nouveau découpage régional qui n’est pas encore adopté par les chambres des représentants !

En effet, le recensement général de la population et de l’habitat est une grande opération qui nécessite un très grand nombre de chercheurs, de contrôleurs et d’observateurs, et la réussite de l’opération de recensement est tributaire de la qualité de la formation et de la maitrise par l’équipe de réalisation des instructions nécessaires pour s’informer correctement et de manière précise quant au nombre des membres des familles ainsi que leurs caractéristiques démographiques, sociales et économiques.

Ce rapport dévoile :

  1. les moult violations des critères qui devaient servir de base au recensement dont font partie les critères non pris en compte par le Délégué du Haut Commissariat au Plan qui a supervisé le recensement, Ahmed Lahlimi, lors de ses déclarations.

  2. La discrimination contre la langue amazighe

  3. La discrimination à l’encontre des droits des femmes

  4. Les données sur ceux qui ont boycotté le recensement

  5. Implication des agents d’autorité en dehors de la loi

  6. Utilisation de la religion

  7. Et les défaillances du recensement

I- Ignorance et violation des recommandations des Nations Unies et des dispositions de la constitution marocaine :

Bien que la constitution marocaine, dans son préambule, affirme que «le Royaume du Maroc, membre actif au sein des organisations internationales, s’engage à souscrire aux principes, droits et obligations énoncés dans leurs chartes et conventions respectives, il réaffirme son attachement aux droits de l’Homme tels qu’ils sont universellement reconnus» et bien que le même préambule réaffirme que le Royaume du Maroc atteste et s’engage à :

Et bien que la constitution marocaine, dans son article cinq, affirme que «l’amazighe constitue une langue officielle de l’État, en tant que patrimoine commun à tous les Marocains sans exception» ;

En dépit de cela, le Délégué du Haut Commissariat au Plan, Ahmed Lahlimi, superviseur du recensement, a refusé d’intégrer la question relative à «la langue maternelle» dans le questionnaire du recensement, ignorant les revendications du mouvement amazighe au Maroc dont fait partie notre organisation Assemblée Mondiale Amazighe. Il a également ignoré, volontairement, le contenu du rapport des Nations Unies, révisé et affiné par le Section des recensements des Nations Unies au titre de la session des recensement de 2010 ; lequel rapport, en matière des langues, a cité trois types de fiches relatives à la langue maternelle qui devront faire l’objet du décompte et que sont :

Et dans le cadre de la collecte des fiches relative à la langue utilisée ou à la langue maternelle, les Nations Unies soulignent «l’importance de la fiche de chaque langue au niveau numérique dans le pays et pas seulement la langue dominante».

Plus que cela, Monsieur Ahmed Lahlimi a :

La Délégué du Haut Commissariat au Plan à modifié la question relative à l’amazighe au moyen d’une circulaire sans que le contenu de la modification ne soit l’objet d’aucune revendication et sans avoir répondu aux revendications des Amazighes ni respecté les recommandations des Nations Unies en matière de langue maternelle.

II- Discrimination entre l’homme et la femme :

Le Haut Commissariat au Plan a imposé aux chercheurs du recensement de recueillir les informations du père exclusivement et non de la mère. Il viole ainsi le contenu des chartes internationales des droits de l’homme et les pactes signés par le Maroc quant à l’égalité entre les femmes et les hommes. Il a également violé le texte de la constitution marocaine, précisément, les dispositions du contenu du titre II, les libertés et les droits fondamentaux, figurant dans l’article 19 qui stipule :

«L’homme et la femme jouissent, à égalité, des droits et libertés à caractère civil, politique, économique, social, culturel et environnemental, énoncés dans le présent titre et dans les autres dispositions de la Constitution, ainsi que dans les conventions et pactes internationaux dûment ratifiés par le Royaume et ce, dans le respect des dispositions de la Constitution, des constantes et des lois du Royaume. L’Etat marocain Œuvre à la réalisation de la parité entre les hommes et les femmes. Il est créé, à cet effet, une Autorité pour la parité et la lutte contre toutes formes de discrimination»

En témoigne la propre ministre de la solidarité de la femme de la famille et du développement social, Mme la ministre Bassima Hakkaoui, qui a demandé de changer carrément le formulaire (voir le site insafpress.com du 12 septembre 2014). De même, la Ministre Déléguée Chargée de l’Eau, Charafat Afailal, ainsi que plusieurs députées dont Maa Al aaynayni du PJD, ont été choquées par les questions des recenseurs (Al Massae, 11 septembre 2014) !!!

III- Exploitation de la religion :

Bien que les Amazighs, y compris notre organisation Assemblée Mondiale Amazighe, aient boycotté le recensement, l’Etat a fait recours aux podiums du vendredi (Jour de prière hebdomadaire pour les musulmans), au sein des différentes mosquées du Maroc, pour solliciter ceux qui prient (hommes et femmes) à faire réussir l’opération de recensement général qui démarre le lundi 1 septembre 2014, grâce à une prêche modèle distribuée aux imams dans plusieurs villes et campagnes du Royaume.

Le prêche du vendredi 29 août 2014, généralisée par le Ministère des Awqaf et des Affaires Islamiques sur la majorité des imams de mosquées, a insisté sur l’importance de l’opération de recensement général de la population et de l’habitat et a demandé aux citoyens et citoyennes d’y répondre de manière positive et pratique, par le bon accueil des responsables et des encadreurs, considérant le recensement comme dessein légal grandiose et objectif religieux. Ce qui constitue une exploitation minable de la religion pour appuyer la falsification et donne de ceux qui boycottent l’image de mécréants qui ne respecte pas leur devoir religieux. Ainsi il a violé exprésement les articles 3, 6, 25 et 41 de la Constitution.

IV- Menace mensongère de punition à l’encontre des citoyens boycotteurs :

Les moyens de communication marocain, y compris le quotidien «Al Akhbar» du 29 aout 2014 et du «Le matin» du 11 septembre 2014 ont fait état de menaces et d’avertissements d’Ahmed Lahlimi, Délégué du Haut Commissariat au Plan, qui supervise le recensement, à l’encontre de personnes qui ont boycottées le recensement et qui ont refusé de répondre aux questions du questionnaire du recensement général de la population, quant aux punitions et sanctions qui les visent conformément à la loi, arguant cela par le fait que le recensement constitue une «opération nationale importante concernant tout le monde, et qui contribue à asseoir des politiques publiques dans l’intérêt du pays».

Jusqu’à présent, pas un seul cas n’est enregistré de marocains qui ont boycotté le recensement et qui sont poursuivis, légalement, suite à leur acte, même si une large frange de citoyens ait boycotté l’opération.

V- Utilisation de la force et instrumentalisation de l’autorité :

Le journal Al Massae, dans son numéro 2469, du 04 septembre 2014, a rapporté qu’un nombre d’observateurs qui ont participé à l’opération de recensement ont refusé de fournir des informations à des agents de l’autorité et portant sur les zones dont ils étaient chargés. Les Chyoukh et les Moqadem leur avaient demandés les données relatives aux familles et aux habitats.

Al Ahdath al-maghribia du 19 septembre 2014 rapporte l’une des premières informations comme quoi 38 véhicules et 240 agents d’autorités, appuyés par des hélicoptères ont réprimé avec une violence inouïe contre la manifestation des habitants de la tribu Aït Chribou, de la commune de Ouazizaght de la province d’Azilal pour avoir osé revendiqué leur droit à l’eau et d’avoir exprimé librement leur refus de boycotter ce recensement de la population !

Ceci contredit catégoriquement l’article 22 de la Constitution qui stipule que : «Il ne peut être porté atteinte à l’intégrité physique ou morale de quiconque, en quelque circonstance que ce soit et par quelque personne que ce soit, privée ou publique. Nul ne doit infliger à autrui, sous quelque prétexte que ce soit, des traitements cruels, inhumains, dégradants ou portants atteinte à la dignité. La pratique de la torture, sous toutes ses formes et par quiconque, est un crime puni par la loi.»

VI- Questions du recensement limitées au nombre de trois :

Nombreux moyens de communication ont rapporté que beaucoup de chercheurs du recensement se sont limités à trois ou quatre questions adressées aux citoyens, au lieu des cent questions qui figurent dans le questionnaire de recensement ; le journal Assabah, du 18 septembre 2014, à évoqué cette question.

VII- Relation entre le lieu de résidence et le référendum sur la constitution :

Une question relative à la délimitation du lieu de résidence du citoyen, le 1 juillet 2011, dans le cadre réservé à l’émigration, a été intégrée dans le questionnaire. Cette question fut objet de polémique large qui lui conféra une dimension politique en relation avec le pourcentage de participation au recensement. D’autant plus que cette période a connu une division au sein de la rue marocaine, parallèlement à des manifestations inédites au Maroc qui ont conduit des franges larges de la population à boycotter le référendum sur la constitution.

VIII-Non couverture du territoire national conformément au pourcentage requis :

Si les Etats développés, qui ont une histoire ancienne en matière de recensement et qui respectent la précision des critères de qualité durant les étapes de préparation et de réalisation du recensement, ne prétendent pas à une couverture qui couvre les 100%, et si les spécialistes sont d’accord pour affirmer que le pourcentage de couverture dans les pays en développement ne dépasse pas les 95%, et peut descendre à 90%, le Délégué du Haut Commissariat au Plan au Maroc qui supervise d’opération de recensement, en dépit de tout ce qui est publié quant au boycotte et au refus du recensement, s’est précipité pour avancer que le taux de réalisation est presque de 100%. Surgit alors la déclaration du Cheikh El Fizazi le 22 septembre qui affirme que sa famille n’est pas recensée. Et si la famille, aux enfants nombreux, d’une personnalité connue, résidant dans deux grandes maisons voisines n’est pas recensée, que dire alors des dizaines de citoyens qui louent des chambres ou des appartements communs dans des maisons que les propriétaires refusent de déclarer pour moult raisons dont la peur des impôts relatives aux loyers. Et l’on sait que des milliers de marocains louent des appartements et des chambres, sans respect des procédures légales, encouragés par l’indifférence des autorités vis-à-vis de ces actes.

IX- Les boycotteurs du recensement et les erreurs relatives aux caractéristiques des individus et de l’habitat à la lumière des masses médias :

Nous présentons, ci-après, et relativement aux incohérences qui ont affecté cette opération, un nombre de cas et de témoignages publiés dans la presse et les sites internet. Nous traiterons ces incohérences en deux volets : le volet concernant la généralisation de la couverture (recensement de toutes les familles et de tous les individus au sein des familles et des habitats ainsi que des individus sans logement) et le volet relatif aux erreurs inhérentes aux caractéristiques des individus et de l’habitat.

A- La généralisation du recensement de la population et de l’habitat :

1- Les boycotteurs du recensement :

Concernant le boycott du recensement, la majorité des journaux marocains ont fait état, depuis le premier jour, d’énormes difficultés auxquelles sont confrontés les chercheurs du recensement, à l’exception du journal Al Ithihad Al Ichtiraki qui a affirmé, dans son édition du 2 septembre : «Lancement du recensement général de la population et échec des appels au boycott». En dépit de cela, le Délégué du Haut commissariat au Plan, Ahmed Lahlimi, qui supervise le recensement, n’a pas encore fait de déclaration relative aux nombres de familles qui ont boycotté le recensement. Nous en donnerons le nombre selon les catégories telles que citées par la presse électronique et écrite qui nous a permis d’en prendre connaissance :

1-1- Tribus et groupements de population entiers :

1-2- Organisations et associations :

1-3-Personnalités nationales :

A titre d’exemples, nous citons ce que le journal Akhbar Al Youm, du 09/09/14, a évoqué et dont la teneur est que les chercheurs chargés du recensement reviennent avec des questionnaires vides des quartiers huppés de Casablanca. Et que le nombre de questionnaires qu’ils remplissent quotidiennement ne dépasse pas un ou deux dans les meilleurs cas. D’aucuns parmi ces individus, charge les bonnes et les gardiens pour répondre aux questions du chercheur du recensement.

Le directeur du journal Almasae, Rachid Ninni, a réservé sa colonne quotidienne «Chouf Tchouf», du 16 septembre 2014, aux personnalités et aux riches qui ont refusé de répondre au questionnaire du recensement. Il en a cité un commerçant de bijoux dans une villa à Imouzzar, route de Fès, ainsi que des riches dans la région du Haut Anfa et Ain Diyab, dans la ville de Casablanca, en plus de deux ex ministres dans la capitale Rabat.

1-4-La population marginalisée :

1-5-Les oubliés qui ne sont pas recensés par les chercheurs ou non déclarés par leurs familles ou par les propriétaires des maisons qu’ils occupent

La question ici concerne les citoyens qui n’ont pas de problème avec le recensement de Lahlimi mais les chercheurs ont oublié de les recenser et nous trouvons parmi eux :

B-Les erreurs relatives aux caractéristiques des individus et de l’habitat :

Les journaux ont fait état de plusieurs cas où des personnes ont fourni des réponses mensongères et d’autres cas liés au niveau lamentable des chercheurs :

Compte tenu de ce qui précède et de ce qui est publié quant à la précipitation et à l’anarchie qui ont présidé à l’opération de recensement, qui a coûté aux marocains environ 100 milliards de centimes, en prenant en compte les dépenses dont les salaires des fonctionnaires mobilisés depuis 2012, pour la réalisation des travaux cartographiques et d’autres actions de préparation et de réalisation ;

En raison de toutes les erreurs et violations de la loi en plus des violations techniques et organisationnelles qui ont caractérisées les différentes étapes du recensement ;

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