Le double attentat qui a visé samedi à Ankara une manifestation pour la paix, faisant au moins 86 morts, et 126 blessés dont un trentaine dans un état grave, a très probablement été commis par deux kamikazes, a déclaré le Premier ministre islamo-conservateur turc Ahmet Davutoglu.
Les pacifistes kurdes anéantis par les explosions qui les ont surpris ce matin. Le bilan de ces attentats s’est alourdit au fil des heures. « A l’heure actuelle, on décompte 86 morts dans l’attentat, tandis que 186 personnes ont été blessées », a fait savoir le ministre turc de la Santé Mehmet Muezzinoglu, lors d’une conférence de presse.
D’après des témoins, les deux explosions se sont produites à quelques secondes d’intervalle en milieu de matinée alors que les participants à une « marche pour la paix » commençaient à se rassembler pour dénoncer la reprise des violences dans le sud-est de la Turquie à l’appel de syndicats et d’associations de la société civile.
« Il existe de fortes preuves montrant que cette attaque a été perpétrée par deux kamikazes », a affirmé devant la presse M. Davutoglu, qui a annoncé avoir décrété trois jours de deuil national. « Cette attaque n’a pas seulement visé un groupe de gens qui venaient participer à un rassemblement ou une communauté politique, elle a visé notre peuple tout entier, a-t-il poursuivi, alors que nous allions vers les élections (…) une telle attaque a directement visé notre démocratie, nos droits et nos libertés ».
Samedi matin, deux fortes explosions ont secoué les alentours de la gare centrale d’Ankara, où des milliers de militants venus de toute la Turquie à l’appel de plusieurs syndicats, d’ONG et partis de gauche favorables à la cause kurde se rassemblaient pour dénoncer la reprise du conflit kurde.
Parmi la foule en état de sidération devant la gare d’Ankara, de nombreux manifestants portaient les drapeaux du Parti démocratique des peuples (HDP), formation aux racines prokurdes. Son dirigeant, Selahattin Demirtas, a déclaré que l’attaque d’Ankara s’inscrivait dans la continuité des attaques commises contre un rassemblement électoral de son parti à Diyarbakir et à Suruç, dans le sud de la Turquie, près de la frontière syrienne, où un attentat suicide imputé à l’Etat islamique a fait 32 morts le 20 juillet.
« Nous sommes face à un massacre très lourd. Une attaque féroce et barbare a été menée. C’est un prolongement ressemblant exactement à ce qui s’est passé à Diyarbakir et à Suruç », a-t-il déclaré à la TV turque.
Selon un journaliste de l’AFP sur place, la police turque a commencé à tirer des coups de feu en l’air pour disperser des manifestants en colère qui tentaient de s’approcher des abords de la gare d’Ankara. Ces manifestants, qui devaient participer dans l’après-midi à la manifestation pour la paix, criaient « policiers assassins » lorsqu’ils ont été repoussés par les forces de l’ordre.
Cette double explosion est probablement d’origine « terroriste », a indiqué un responsable gouvernemental qui s’exprimait sous couvert de l’anonymat. Ce dernier a précisé: « Nous publierons les résultats de notre enquête le plus vite possible ». Le Premier ministre Ahmet Davutoglu a réuni les membres de son conseil de sécurité intérieure.
On a entendu une grosse et une petite explosion et il y a eu un gros mouvement de panique, ensuite nous avons vu des corps qui jonchaient l’esplanade de la gare », a déclaré un témoin qui quittait les lieux du drame. « Une manifestation destinée à promouvoir la paix a été transformée en massacre, je ne comprends pas », a-t-il ajouté.
Avec AFP
