L’Otan a une nouvelle fois durement critiqué la Russie, avec laquelle les relations sont au plus bas en raison de la crise en Ukraine, cette fois sur les frappes aériennes en Syrie et des incursions dans l’espace aérien turc.
Réunis d’urgence lundi après-midi à Bruxelles, les 28 Etats membres de l’Alliance atlantique ont jugé extrêmement dangereuses deux incursions en Turquie d’avions de combat russes Soukhoï, samedi et dimanche, dans la région d’Hatay (sud de la Turquie).
Selon une source diplomatique à Bruxelles, le pilote du Soukhoï 30 qui a volé pendant deux minutes 30 secondes dans l’espace aérien turc samedi est même allé plus loin : il a accroché son radar sur les F-16 turcs qui l’avaient intercepté, une manoeuvre indiquant qu’on se prépare à tirer un missile vers l’appareil ciblé. Les pilotes turcs ont riposté en accrochant également leur radar sur l’avion de combat russe.
Les Russes jouent vraiment avec le feu, a estimé ce diplomate, dénonçant un comportement très agressif. Les Turcs ne sont pas du genre à se laisser faire, c’est donc extrêmement dangereux, a-t-il insisté. Selon Moscou, l’avion de chasse russe est entré quelques secondes dans l’espace aérien turc en raison de mauvaises conditions météo.
Les Alliés ont en outre exprimé leur grave préoccupation face aux frappes aériennes de la Russie en Syrie, en particulier à Hama, Homs et Idlib, qui ont fait des victimes civiles et ne visaient pas Daech (acronyme arabe du groupe Etat islamique), dans une déclaration commune publiée après leur réunion à Bruxelles.
Les Alliés appellent la Fédération de Russie à immédiatement cesser ses attaques contre l’opposition syrienne et les civils, à concentrer ses efforts sur la lutte contre l’EI et à promouvoir un règlement du conflit par le biais d’une transition politique, est-il écrit dans ce texte adopté par les ambassadeurs des 28.
Dimanche, c’est un Soukhoï SU-24 qui est entré dans l’espace aérien turc, également dans la région d’Hatay. Les avions en question sont entrés dans l’espace aérien turc en dépit des avertissements clairs, opportuns et répétés des autorités turques, estiment-ils dans la déclaration.
Conformément aux pratiques de l’Otan, des F-16 turcs ont répondu à ces incursions en s’approchant afin d’identifier l’intrus, après quoi les avions russes ont quitté l’espace aérien turc, ont-ils expliqué. Dénonçant un comportement irresponsable, les Alliés appellent la Fédération de Russie à cesser les incursions et à immédiatement expliquer ces violations.
Zone de sécurité
Le président turc Recep Tayyip Erdogan, en visite à Bruxelles jusqu’à mardi, a également reçu l’appui de l’Union européenne qui veut intensifier la coopération avec Ankara pour mieux gérer la crise des réfugiés. Le président Erdogan m’a tenu au courant des informations inquiétantes, aussi à nos yeux, sur des avions de guerre russe qui violent le territoire turc, a ainsi déclaré Donald Tusk, le président du Conseil européen, qui représente les 28 Etats membres de l’Union européenne.
Nous sommes convenus que la solution (pour mettre fin à la guerre en Syrie, ndlr) ne peut être trouvée avec une Russie alliée (au président syrien Bachar) al-Assad et qui bombarde les forces de l’opposition légitime, a commenté M. Tusk.
M. Erdogan a profité de sa visite à Bruxelles pour plaider auprès des dirigeants européens en faveur de l’instauration d’une zone de sécurité en Syrie, le long de sa frontière, qu’elle présente comme un moyen de régler la crise des réfugiés. Les Européens ont jusqu’ici été très réticents, mais M. Tusk a assuré que l’UE était prête à discuter de tous les sujets avec la Turquie. Cette option a immédiatement été rejetée par Moscou au nom du respect de la souveraineté de la Syrie.
L’Otan a interrompu en avril 2014 toute coopération pratique avec la Russie, en réaction à l’annexion le mois précédent de la Crimée, que la communauté internationale refuse de reconnaître. Avec le conflit déclenché dans la foulée par des rebelles prorusses dans l’est de l’Ukraine, les relations entre l’Otan et Moscou se sont refroidies comme jamais depuis la fin de la Guerre froide.
AFP
