Le Matin d'Algérie

Grèce : les médias #‎BeSeriousPlease

L’oligarchie financière ne désarme pas contre Alexis Tsipras. Le puissant appareil médiatique libéral redouble de férocité à l’égard du premier ministre Grec. En boucle et à largeur de colonnes les lecteurs et auditeurs ont droit à la fable de la capitulation de la Grèce.

On ne résiste pas à la toute-puissance de la Finance ! On ne la défie pas ! On se doit de se gagner ses faveurs ! Et surtout de la louer ! Curieuse cette unanime sérénade qui a vite fait de vendre la peau des pauvres Grecs. Il ne faut surtout pas y voir une compagne de propagande et manipulation de masse. C’est de l’information !

Devant le parlement Européen, le premier ministre Grec a parlé avec clarté de la ligne de conduite qu’il compte tenir à la barre du navire «Grèce». Elle se résume ainsi. L’austérité telle que l’entend le bloc ultralibéral a largement montré ses limites et ses dégâts. En œuvre depuis des années son lot de drames, son poids néfaste sur la société Hélène et son économie sont manifestes. Dans son entendement, les réformes structurelles indispensables en Grèce doivent être corrélées à un reprofilage de la dette du pays. Chose promise mais jamais tenue par l’oligarchie financière. Pour Tsipras, dans ce processus il doit être tenu compte de l’exigence de relance de l’économie du pays et aussi, sauf à ce que l’union européenne ne se décide à nommer un «gouverneur résident», de la souveraineté des Grecs de décider de la temporalité et de l’orientation des mesures structurelles à mettre en œuvre. Condition indispensable à l’équité des mesures à mettre en œuvres.

Dans le brouhaha des rédactions des grands médias «libres» qui crient haro sur le «traître» Tsipras, il y a tout de même quelques voix qui s’élève pour (ra)ppeler à un minimum de sérieux et d’éthique, parmi celles-ci, la journaliste de la chaine parlementaire française, spécialisée dans les questions européennes : Nora Hamadi. Visiblement outrée par la dérive de la corporation elle s’écrie sur sa page Facebook : #‎BeSeriousPlease. L’intérêt de son coup de gueule tient surtout du fait qu’elle fait son travail et qu’elle apporte des informations.

On apprend ainsi qu’au-delà des mesures d’austérité. Il y a des mesures sociales. Dans son plan Tsipras maintien le niveau des salaires et réduit drastiquement les ponctions envisagées sur les retraites, et Il maintient l’Allocation de solidarité sociale (EKAS). Il se bat pour Exclure du taux de TVA de 23%, qu’il concède, les biens de première nécessité (dont électricité) et le secteur du tourisme. Son intention est de taxer les armateurs et les oligarques (propriétaires des TV et des radios), d’élever le coût des licences 4 et 5G de relever le niveau de l’impôt sur les sociétés, de revoir des privilèges indus dont jouissent les agriculteurs, de taxer les jeux et produits de luxe. Il envisage de toucher au budget militaire et d’y opérer des coupes, 300 million d’euros les deux prochaines années.

Bien sûr, au nombre des concessions il y a la reprise des privatisations et la libéralisation de certains marchés. En contrepartie, selon N Hamidi de LCP, «le capitulard» (dixit les médias «libres»), pourrait obtenir «53 milliards d’euros pour couvrir obligations dette jusqu’en 2018. Avant c’était novembre. [et,] Plus 35 Milliards de fonds structurels injectés immédiatement dans l’économie grecque.». On comprend le sens de son coup de sang : Avec tout cela et on nous parle de capitulation !

La partie est loin d’être gagnée pour la Grèce. Bien que la France, découvre qu’elle a intérêt à un rôle moins suiviste à l’égard la puissance germanique, l’Allemagne, peut renverser la table et faire voler en éclat l’Europe. La puissance tricolore tiendra-t-elle sa nouvelle posture sur le long cours ou n’est-ce qu’une posture dictée par l’urgence ? De la réponse à cette question dépendra la profondeur de la réforme de la construction Européenne, car en dernier ressort, au-delà de la réforme grecque, espagnole, Portugaise et autre, c’est bien celle de l’Europe, de son union, qui est venu à l’ordre du jour.

Ce n’est plus «sacré Charlemagne» que dira la chanson, mais Sa… sa…Sacré Tsipras.

Ahmed Ilmathene

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