Le Matin d'Algérie

Massacres dans la vallée du M'zab : est-ce l'armée la solution ?

Le chef de l’Etat a chargé, suite à une réunion-éclair, le chef de la 4e région militaire, un général, de rétablir l’ordre dans la wilaya de Ghardaia qui a vu mourir des jeunes.

Abdelaziz Bouteflika met l’armée face à la rue. Il lui assène une mission qui dans une république qui se respecte ne lui revient pas. Même si les témoins évoquent des agresseurs munis d’armes de guerre dans ce conflit, le risque est énorme pour les soldats de se retrouver à gérer des tensions auxquelles ils ne sont pas préparés.

Où est son ministre de l’Intérieur, le seul indiqué en pareille circonstances ? Où est le wali qu’il a lui-même désigné dans cette fonction? Où est son gouvernement arrogant, suffisant ? Ce ne sera sans doute pas la visite d’Abdelmalek Sellal (encore une pour rien, comme la précédente) à Ghardaia qui réglera la très grave situation sécuritaire et religieuse qui mine la vallée du M’zab.

Où est le chef de daira ? Où sont les partis, ce FLN et ce RND, qui se disent représentatifs et majoritaires dans ce pays et défenseurs du programme de ce président, malade, incapable et incompétent ? L’heure est grave. Il y a des personnes qui soufflent sur les braises de la haine dans cette région qu’on refuse d’arrêter pour le moment.

Il est manifeste que le chef de l’Etat fait montre d’une ignorance patente de la situation dans la vallée du M’zab. Les décisions qu’attendent les Mozabites attaqués, assassinés, humiliés offensés dans leur intimité et leur identité ne sont assurément pas celles prise dans l’urgence.

Transférer la sécurité aux militaires est un cinglant démenti de toutes les déclarations faites jusqu’à présent par le premier des ministres, Sellal, son ministre de l’Intérieur. Elle corrobore l’idée que les énormes moyens en gendarmes et policiers déployés n’ont pas suffi à endiguer le meurtre et la violence. Voire que ce ne sont tout bonnement pas ces moyens sécuritaires qu’il fallait. Car au fond tout le monde aura observé qu’outre l’identité mozabite attaquée par les nervis intégristes chaambis, il y a la question de l’obédience religieuse des Mozabites qui est violemment prise à partie par ces hordes d’intégristes chaambis.

Quel aveu d’échec pour toutes les autorités civiles ! Quel aveu sur la nature du régime algérien qui s’en remet encore une fois aux militaires ! Quelle preuve que ce pouvoir ne se nourrit qu’en attisant le feu entre Algériens !

Ahmed Ouyahia vient de nous le rappeler en parlant de Deach, à chaque fois que la colère du peuple commençait à gronder, de nous avertir que le terrorisme est toujours là, une manière de nous dire : « Ou c’est nous, ou c’est eux »!

Il exhorte le ministre de la Justice à diligenter une enquête. Encore une qui ira prendre la poussière dans un fond de tiroir d’un obscur bureau. Une enquête comme si celle sur l’assassinat de Boudiaf sans doute. Une enquête comme si celle que feu Mohand Issad a menée sur l’assassinat des 126 jeunes Kabyles en 2001. On connaît la suite que lui a réservée le chef de l’Etat. Comme les fois précédentes, le gouvernement n’est manifestement pas conscient de la gravité de la situation. Et les dernières mesures ne sont qu’un cautère sur une jambe de bois.

Achour Boufetta / H.A.

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