Le Matin d'Algérie

Les émeutes inquiètent le régime algérien

La reprise de la protesta à Berriane intervient au lendemain de la réunion tenue la semaine dernière par Ahmed Ouyahia avec les deux premiers responsables de la gendarmerie et de la police, Ahmed Bousteïla et Ali Tounsi et dont a appris qu’elle a été consacrée aux émeutes. “Nous avons évoqué lors de la réunion la question des troubles à l’ordre public”, a précisé mardi le Chef du gouvernement.

Les émeutes inquiètent le régime algérien.

Le même jour, Mohamed Chafik Mesbah un politologue proche de l’Armée et des services de renseignement confirme, dans le Soir, que le divorce entre le peuple et le pouvoir est devenu irréversible et n’exclut pas le scénario catastrophe : « Si l’insurrection débouche sur une situation d’anarchie endémique, la dislocation de la cohésion sociale et la déflagration de l’unité territoriale sont à prévoir, suivies d’une probable ingérence étrangère… »

Il envisage même le pire : « Pour le plus grand malheur de notre pays, l’hypothèse à privilégier est celle qui pourrait voir se croiser, avec une onde de choc inouïe, courbe de violence liée au terrorisme et courbe de violence liée à l’ébullition sociale. »

La situation est sérieuse. Liberté le confirme : « « C’est sans doute la multiplication de ces convulsions sociales hiératiques, se chiffrant souvent en milliards de dinars de dégâts, qui ont dû faire “tilt” chez M. Ouyahia pour l’amener à programmer une réunion frappée du sceau de l’urgence sur l’ordre public. Si rien n’a filtré sur les résolutions prises au terme de cette réunion entre Ahmed Ouyahia et les deux responsables des forces opérationnelles chargées de la sécurité publique, on devine aisément qu’il s’est agi d’apporter les réglages indispensables pour que l’ordre public, si impératif à tout processus de développement économique, ne fasse plus les frais des tensions sociales latentes. C’est certainement sur le terrain que ces réglages seront visibles dans les prochains jours. »

En effet, Berriane n’est que la partie visible d’un phénomène qui a tendance à s’inscrire à la fois dans le temps et dans l’espace. Rien que pour le mois de juillet, des atteintes à l’ordre public sont enregistrées dans différentes régions du pays. À Ben Aknoun, c’est la liste des bénéficiaires des logements qui est contestée par les non bénéficiaires ; à Bouira, ce sont les producteurs de pomme de terre qui ont bloqué l’autoroute Est-Ouest au niveau de la localité de Lakhdaria, en raison de leur colère, les propriétaires des chambres froides qui leur font du chantage. Avant-hier à Sidi-Al-Moussa, dans la wilaya de Tizi Ouzou, les habitants de cette localité se sont donné rendez-vous devant le siège de l’APC pour dire leur ras-le-bol devant l’incurie des élus dont les soucis ne sont pas visiblement ceux du petit citoyen de la commune, en proie quotidiennement aux coupures d’eau, d’électricité et du transport. N’oublions pas aussi, la semaine des émeutes vécues au mois de juin par la ville d’Oran livrée à un déchaînement de violences sans précédent de la part de jeunes qui ont trouvé dans la rétrogradation du club phare de la ville le catalyseur idoine pour mettre à sac la ville.

Que faire ?

Le régime, comme toutes les joumloukias arabes, est dans l’impasse : « situation de sinistre économique, effritement de la cohésion sociale, conjoncture sécuritaire délétère, influence extérieure sans cesse grandissante », note Chafik Mesbah qui reconnaît « l’obsolescence du système » et qui ne voit qu’une seule chance de nous en sortir : « Si une direction politique éclairée parvient à émerger pour canaliser la violence, un changement de système pourra intervenir pacifiquement. »

On n’en est pas là. Ahmed Ouyahia semble plutôt chargé d’une mission impossible : sauver le régime par le gourdin.

Avec toutes les illusions et les fuites en avant que cela suppose.

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