Le Matin d'Algérie

Que veut encore Abdelaziz Bouteflika ?

Après seize années comme ministre et seize autres comme chef de l’Etat, Abdelaziz Bouteflika est toujours là, impotent certes, mais président quand même.

L’homme est un homme de pouvoir, il ne sait faire que cela, c’est lui qui l’a dit. Un peu, et il aurait ajouté : maintenant que je suis devenu président, ce sera à vie ! Et il y a de quoi !

A la manière peu orthodoxe avec laquelle il a été chassé en 1979 du ministère des Affaires étrangères, s’est ajoutée à son triste palmarès une longue traversée du désert qui a failli le mettre hors d’état de gouverner, définitivement.

Mais c’était sans compter avec un concours de circonstances des plus favorables à l’homme qui attendait avec l’énergie du désespoir la moindre petite occasion pour rebondir. Les événements d’octobre 1988 ont ceci de particulier qu’ils ont permis à beaucoup d’hommes politiques , dont Abdelaziz Bouteflika, de se remettre en selle et attendre.

Si l’attente s’est avérée infructueuse pour d’aucuns et pas des moindres, à l’image de feu Ahmed Ben Bella, l’attente d’Abdelaziz Bouteflika, elle, portera ses fruits un certain avril 1999, exactement vingt ans après son départ précipité à l’étranger.

Une précision de taille, toutefois : Abdelaziz Bouteflika n’a rien fait, ou presque, pour gagner une élection présidentielle anticipée jouée d’avance. On est allé le chercher pour lui proposer de devenir président, ce qu’il a accepté, mais non sans pousser l’outrecuidance jusqu’à menacer de renter chez lui, au cas où son plébiscite annoncé n’est pas assez conséquent. Du jamais vu dans les annales des élections présidentielles à travers le monde.

Abdelaziz Bouteflika deviendra ainsi président et y prendra goût, au point où ni la limitation du nombre des mandats à deux inscrite dans la constitution, ni encore moins sa maladie ne le dissuaderont de rester au pouvoir à ce jour. Que veut encore Abdelaziz Bouteflika ? se demandent ceux qui le voient avachi dans son fauteuil, recevant piteusement des invités en super forme.

Mais cette situation inique et unique au monde, faut-t-il le rappeler, n’est pas le fruit du seul goût immodéré pour le pouvoir d’Abdelaziz Bouteflika. Elle a été rendue possible avec la complicité de certains, au premier rang desquels le président du Conseil constitutionnel, Mourad Medelci, pour ne pas le nommer.

Les générations futures trouveront bien une solution pour vivre sans pétrole, mais ils auront du mal à expliquer les raisons de l’obsession à rester au pouvoir de leur ancêtre président, Abdelaziz Bouteflika.

Ahcène Bettahar

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