Le Matin d'Algérie

Fioritures, boule de cristal et marc de café… discours inconvenant

Si ce n’est pas ses circuits pourvoyeurs de cash, la cuisine interne du système algérien n’intéresse pas grand monde. Seul compte le débit des pompes à fric calibré par le taux de soutirage appliqué aux puits de gaz et de pétrole du sud algérien.

Le vieux Nicolas Sarkis, empêcheur de pomper en paix, s’était élevé contre la frénétique monétisation de la richesse en dépôt dans nos réserves sahariennes pour en faire des avoirs à la Réserve fédérale US, ou même pour les injecter dans les DTS du FMI.

La cuisine interne à la régence n’intéresse pas. Ses intrigues sont sans intérêt. A la limite amusent-elles quelques peu les décideurs impériaux. Parce qu’en bout de course seule compte la pérennisation de ce fabuleux système « pompe à fric » pourvoyeur de cash.

Par leurs intrigues, les protagonistes de la régence se donnent peut-être l’impression d’avoir de l’importance, de compter aux yeux des puissants ; mais le système, totalement verrouillé, ne dépend aucunement d’équipées de sérail dont les acteurs sont interchangeables.

Oncle Sam le bon samaritain

Le soutirage d’hydrocarbures ne faiblit pas au sud. Si le prix du baril baisse, la réponse est de le pousser plus loin. Si le dollar faiblit l’urgence est de maintenir le débit des puits. Et s’il faut « schister » le Sahara, trouer à perte de vue, polluer sans retenu le Système aquifère Albien, semer des bourbiers visqueux, nauséabonds et radioactifs à tous les coins de dune, l’important est de maintenir la pression artérielle de ce système vénale et véreux. Les Américains sont là tout disponibles pour nous aider à « schister » et à « enschister ».

Ces « bons » américains, disposés à nous vendre leurs expertises, leurs foreuses, leurs boues chimiques de forage, leur silice clinquante de pureté et leurs microbilles de céramique ont encore une piètre idée de nos capacités à faire du business. Le « 51-49 » est dans leurs collimateurs. En attendant ils ont obtenu de cultiver de premières surfaces d’OGM tout en s’assurant d’établir le génome des populations d’Algérie.

Avec la France, des racines bien souterraines

La France est l’autre partenaire dont l’intérêt a grandi pour l’Algérie. La comptabilité des échanges entre les deux pays est loin de refléter le niveau réel des flux de capitaux. L’argent souterrain d’Algérie irrigue bien au-delà de ses frontières et l’immigration algérienne en France est un terreau fertile aux réseaux de la finance parallèle. Des entreprises françaises s’installent bien en Algérie, mais l’immobilier de luxe métropolitain n’est pas un secteur délaissé.

Gratifiée d’un rôle de leadership de la coalition interventionniste au Sahel, la France, dans le secret des chapelles, doit bénir les concepteurs de la Ligne Maginot qui court le long des frontières sud de l’Algérie. Réhabilité dans un rôle de gendarme de la région, l’ancienne puissance coloniale croit au plus haut point en sa belle étoile. Elle soigne le régent et coucoune ses nababs. Combien de temps encore le secret du protectorat tiendra-t-il ?

Implantée dans des projets de « service public » ; transport, métro, tramway ; adduction, traitement et distribution de l’eau ; traitements des ordures ménagères,…. Désormais, la France voit grand ! La région oranaise, fantasmée en république pied-noir dans les derniers mois de la guerre d’indépendance, pourrait lui être un espace prédilection. D’autant plus qu’un autre fantasme, celui d’un néo royaume de Tlemcen, pourrait aider à ce dessein. Mais la France voit encore plus grand, elle voit à sa portée un Eden touristique enivrant par sa diversité et son étendue. Un paradis qui aurait l’équivalent du potentiel du Maroc et de la Tunisie réunie. La machine est en marche. L’Homme de l’onéreuse autoroute Est-Ouest est en poste pour des projets qui se comptent en centaines. Neuf cent trente-six nous dit-on. Les circuits médiatiques spécialisés s’emballent pour vendre l’image de ce paradis.

Une stabilité mortifère

La pompe à fric refoule sans discontinuer. Le pays s’appauvrit et chaque jour l’éloigne un peu plus de son salut.

Le système a étendu sa toile sur l’ensemble de la société, salariat et patronat sont pris dans les mailles de la rente. Ils sont soumis à la toute-puissance militaro-bureaucratique. D’où viendrait alors le salut lorsque les forces sociales principales sont ainsi dévitalisées ? Et, s’il venait à poindre son nez, les puissants le sentirait à l’autre bout de la pompe à fric et séviraient comme la foudre. D’ailleurs ne les voyons-nous pas ne reculer devant rien pour nous louer cette stabilité mortifère ? Du secrétaire d’Etat Us qui a débarqué en pleine campagne du IVe mandat au président français venu entériner la nouvelle entente des vizirs et janissaires qui a élu Abdelmalek Sellal à la qualité de « militant du FLN ».

Tous, tant que nos réserves du sud alimentent leurs réserves fortifiées, nous loue ce calme enviable. Mais, de toute façon, le calme n’est-il pas le devancier des tempêtes ? Alors ne serait-il pas raisonnable de dire que la tempête vienne et que le pire soit que nous mourrions debout ?

Mohand Bakir

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