Alors que des centaines de salles de cinéma subissent les affres du temps et des hommes, certaines sont en ruines, sans toits, dépotoirs et décharges, d’autres squattées ou devenues des biotopes de rongeurs vecteurs de la peste bubonique qu’Albert Camus avait pérennisée dans sa littérature nobélisée à Stockholm, Oran la pestiférée, celle qui fut coupée du reste du monde des années 1940, étale aujourd’hui le tapis rouge sur les marches de l’enceinte de son centre des conventions, au monde du cinéma dit arabe.
Une blague qui fait rire jaune les naïfs et qui fait pleurer les crocodiles. Où trouve-t-on ce cinéma qui semble être disparu depuis des lustres ? Dans les anciens lieux transformés en pizzeria, en magasin de pacotilles ou sous les gravats et détritus ? Les quelques salles de projection quand elles existent encore çà et là, sont ignorées par le public. La déculturation de la société est partout visible. Paradoxe de l’Algérie actuelle. Le corps est debout sur la tête, il n’a pas de pieds. Il n’a pas d’assise, il s’en fiche. Les enfants en densité effrayante sur les bancs de l’École, la plupart d’entre eux n’ont jamais vu un écran blanc.
Où est passé le cinémascolaire ? La cinémathèque et le cinéclub ? Les universités « celle du jour comme celle de la nuit » éparpillées et dissoutes dans l’immensité du désert culturel, ont cloné l’Homo-algérianus juste alphabétisé et insensible à la lecture et à l’ouverture d’esprit. Il n’est que consommateur, crédule, mené en bateau à son insu. Le faste et le festif lui sont miroités dans un mirage qui ne cesse de le fuir.
Tout se fait dans la démesure et dans les occasions parrainées, pour meubler le vide sidéral cosmique et donner un faux semblant d’espace culturel qui n’en est pas un. La culture est d’abord un substrat sur lequel germe la graine et non pas une pluie de perles qui tombe occasionnellement d’en haut et que ramassent les hôtes et les hôtesses.
Ahmed Farrah
