M. Abdelmadjid Attar, ancien patron de Sonatrach et aussi ancien ministre, s’est lâché sur les ondes de Radio M, allant jusqu’à diffuser des « bruits qui annoncent le changement du Pdg de Sonelgaz ». Commentant les récentes nominations il considère que « le changement de Pdg de Sonatrach est plus significatif et plus important que le changement de ministre » ; ce qui renseigne sur la véritable hiérarchie des pouvoirs entre l’ « État » et l’ »État dans l’État » qu’est Sonatrach.
Tout au long de l’entretien M. Abdelmadjid Attar est apparu décontracté, ce qui laisserait supposer que cette fois-ci, il ne se trouvait pas dans l’accomplissement d’une mission ou, autre supposition, qu’il a bénéficié d’un coaching inaugurateur d’un nouveau style de communication.
Deux questions ont accaparé l’entretien : celle des énergies renouvelables, concernées par l’annonce d’un choix « fort » visant à attendre 37 % d’électricité d’origine renouvelable à l’horizon 2030, et celle de l’épineux dossier des gaz de schistes.
Pour les entreprises du secteur de l’énergie M. Attar souligne que l’heure est au recentrage sur les métiers de base :
• Relance de l’exploration
• Amélioration des taux de récupération
« Pour combler la perte de revenue par une augmentation de la production » (sic) ; pourtant, depuis 2008 l’heure était à « la révolution des gaz de schistes » (resic). Faudrait-il s’attendre à des changements de stratégie ? Absolument pas ; sauf à vouloir absolument déchanter.
Pourtant, cet entretien est émaillé d’effets époustouflants. Exemple : Sur le gaz de schiste, dont M Attar a été l’un des « communicateurs » en chef, montant continuellement au front pour défendre une option vitale dont dépend l’avenir de la Nation, on l’entend dire, comme si cela était banal : « Il n’a jamais été question que Sonatrach puisse explorer et développer seule le gaz de schiste. Je le dis franchement, elle ne le peut pas ! Ni sur le plan financier, ni sur le plan technologique, ni sur le plan logistique ». Vite, vite ! Il faut réécouter les déclarations des communicateurs du dossier de M Attar à M. Sahnoune en passant par Yousfi. Que de menteurs qui seront confondus !
Sans se démonter, il ajoute : « Il faut aller à un compromis avec la société civile » ! Bonne résolution ? Que non ! Il faut vite désappointer : « La loi 2013 sur les hydrocarbures est là ; elle permet l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels. (…) La seule façon de tourner le dos au gaz de schiste c’est de changer la loi. » Et d’ajouter : » Il faut expliquer que les gaz de schistes ce n’est pas pour tout de suite, ce n’est pas à n’importe quel prix financier et environnemental ». Mais n’est-ce pas là ce bon vieux disque que la société civile ne connaît que trop bien ? Celui-là exactement de l’ancienne communication autour du dossier que M Attar qualifie, maintenant, « de fiasco ».
Pour ne pas changer, à écouter M Attar, Il n’y aurait pas de problème de gaz de schiste (sic), mais seulement un problème de communication autour du dossier de ….(resic). Donc Sahnoune et Yousfi ont fait les frais de cette piteuse « communication »… Mais pourquoi pas M. Attar ?
Si le cadre réglementaire d’exploitation des hydrocarbures non conventionnels (LHC 2013) est valorisé par M Attar comme le facteur pérennisant de l’option gaz de schiste, l’absence d’un équivalent pour promouvoir les énergies renouvelables est soulignée comme embûche à la réalisation d’un plan renouvelable. Il souligne aussi, du fait qu’ »une bonne partie de la rente doit être affectée [durablement] au financement du social », qu’il y a lieu de réduire la part de la consommation domestique d’énergie pour maximaliser la part exportée !! Il ressort de tout cela une fâcheuse impression de quelqu’un dont le raisonnement fini toujours par se mordre la queue.
Si l’option des renouvelables, qui ne sont pas forcément le photovoltaïque et l’éolien classiques (1), pâtit de l’absence de cadre réglementaire et de manque de ressources, ne suffirait-il pas de réorienter la LHC 2013 et les dizaines de milliards d’USD provisionnés pour que des opérateurs étrangers viennent valoriser des HC non conventionnels pour les vendre sur le marché algérien (2) au développement des renouvelables ? Une telle option ne serait pas seulement « un compromis avec la société civile » mais au-delà de cela : un élément fondateur d’un nouveau pacte social.
Seulement, il semble bien, à constater la résignation de M. Attar, qui s’est avoué, lors de cet entretien mené par Hacen Haddouche et El Kadi Ihsane, un convaincu des renouvelables, que l’affaire de la LHC et des non conventionnels est loin d’être une affaire algéro-algérienne et que ni les chambres d’enregistrement qui font fonction d’assemblées, ni les gouvernants en place ne peuvent toucher à cette loi.
Mohand Bakir
Ici un lien vers l’émission de nos confrères
Renvois
1- Il est à espérer que les esprits s’ouvrent au solaire par concentration, aux tours solaires, ou au cheminées de production d’énergie. Des branches des renouvelable qui relèguent le photovoltaïque à l’usage domestique. Il faut aussi espérer que les réseaux intelligents commencent à intéresser le monde de l’énergie en Algérie.
2- Sommairement : Articles 50, 51, 63, 90 et 91 de la LHC 2013 qui prévoit des prélèvement de quantités de gaz pour satisfaction de la demande nationale.
