La réunion « urgente » et « déterminée » du Conseil interministériel «spécial sécurité» qu’a tenue hier Ahmed Ouyahia avec les responsables de la sécurité confirme bien deux choses nouvelles : d’une part, le retour d’un discours sur le terrorisme et l’islamisme totalement en rupture avec celui de l’ancien chef du gouvernement Abdelaziz Belkhadem ; d’autre part, que l’éviction de ce dernier a été décidée aux Tagarins et qu’elle avait bien pour objectif de mettre le holà à la stratégie d’alliance avec les islamistes.
Pire : intervenant au lendemain des déclarations du colonel Ali Tounsi, directeur général de la Sûreté nationale, selon laquelle «la fin du terrorisme est proche», elle indique bien que sommes devant une guerre de sérail à propos de la «réconciliation nationale.»
Car ce cri de triomphe étrange et ostentatoire intervient une semaine après la non moins étrange déclaration du président Bouteflika selon laquelle la «réconciliation nationale allait se poursuivre» !
Ouyahia et Tounsi voudraient contredire le chef de l’Etat qu’ils ne s’y prendraient pas autrement. Tout se passe comme si un clan du pouvoir, qui ne dit pas son nom, s’opposait énergiquement à la volonté de Bouteflika de donner une prolongation politique à la Charte pour la paix, prolongation qui s’illustrerait, comme nous l’avions écrit, par le retour des anciens du FIS aux affaires.
Pareille perspective représente, en effet, un risque absolu pour la hiérarchie militaire : c’est lui demander tout bonnement de mettre son cou sous la guillotine !
Aussi les propos d’Ali Tounsi puis l’initiative musclée d’Ouyahia, viennent-ils de signifier qu’il n’existe plus de motifs sérieux à «perpétuer» la réconciliation. Car enfin, à quoi bon «poursuivre la réconciliation nationale» quand le puissant directeur général de la Sûreté nationale, qui dispose de la prérogative régalienne de rassurer les Algériens, nous jure que «la fin du terrorisme est proche» ? Et comment Abdelaziz Bouteflika compte-t-il tendre la main aux groupes armés quand, au même moment, le colonel Tounsi affirme que les forces de sécurité «sont sur le point d’amener la guerre au sein des maquis terroristes » ? La déclaration de Tounsi rejoignait déjà, en effet, les propos, tout récents, d’Ahmed Ouyahia et de son parti, le Rassemblement national démocratique. Réuni en congrès deux jours après l’intronisation de son chef en qualité de chef du gouvernement, le RND se prononçait contre les négociations avec les islamistes, pour l’éradication du terrorisme et pour un hommage aux Patriotes et aux membres des groupes de légitime défense «pour leur concours précieux à l’éradication du terrorisme».
A notre insu, la «réconciliation nationale» est revenue au centre de la bataille au sommet pour le troisième mandat.
L.M.
