Signe de l’exercice d’équilibriste que constitue cet événement, plusieurs points de la déclaration finale du sommet de l’UPM ne seront sans doute clarifiés qu’à la dernière minute – raison pour laquelle des réunions ultimes sont prévues, samedi, entre hauts fonctionnaires, des « quarante-quatre », et entre ministres arabes. Le nom même du projet est en discussion ! Les responsables français voudraient éliminer la référence au processus de Barcelone. Ils seraient prêts, pour cela, à accepter que le secrétariat de l’Union soit situé à Barcelone, ce qui réjouirait les Espagnols.
Selon une mouture du projet de déclaration finale obtenu par Le Monde, et datant du 4 juillet, l’Union sera « un partenariat multilatéral » basé sur « une volonté politique partagée de revitaliser les efforts visant à transformer la Méditerranée en un espace de paix, démocratie, coopération et prospérité ». Elle vise à « jouer un rôle important pour faire face aux défis de la région » : « La crise de la sécurité alimentaire mondiale », « la désertification », les questions de migration, d’énergie, de « terrorisme et (d’)extrémisme ».
La façon dont le processus de paix au Proche-Orient doit être évoquée dans cette déclaration a donné lieu à de lourdes tractations. Une phrase notamment restait litigieuse dans le projet de texte datant du 4 juillet : elle insiste sur le fait que « la persistance du conflit du Proche-Orient » a entravé le partenariat euroméditerranéen créé en 1995 et « poussé à ses limites sa capacité à préserver les canaux du dialogue et de la coopération entre ses membres ».
Les pays arabes souhaitent voir une référence dans le texte à l’Initiative de paix de la Ligue arabe de 2002, et un appel à un « Proche-Orient libre d’armes de destruction massive ». La question de savoir si un statut d’observateur sera accordé à la Ligue arabe était aussi dans la balance.
De même que la localisation du secrétariat destiné à piloter les projets de l’Union (outre Barcelone, le Maroc, l’Algérie et la Tunisie sont sur les rangs), le mandat et les statuts de ce même secrétariat n’ont pas encore été fixés, ainsi que le mandat de la coprésidence qui doit être assurée par M. Sarkozy et par le président égyptien Hosni Moubarak. Les questions non tranchées devraient être renvoyées à une réunion des ministres des affaires étrangères du processus Euromed prévu début novembre.
Les Turcs ont cependant obtenu gain de cause : la Déclaration confirme leur statut de « candidat » à l’adhésion à l’Union européenne, alors que M. Sarkozy avait un temps présenté son projet comme une alternative à l’intégration de la Turquie.
Même si le sommet du 13 s’appelle « sommet de Paris pour la Méditerranée », ce qui met un accent net sur le rôle de la France, le projet de Déclaration, lui, fait la part belle au processus européen dit « de Barcelone » (Euromed), lancé en 1995 et dont il s’agit de « renforcer les accomplissements et les éléments de succès ».
Dans l’annexe à la Déclaration, il est stipulé que « toute contribution » de l’Union européenne aux projets régionaux qui seront envisagés « ne sera pas financée au détriment » des sommes déjà allouées à la politique de voisinage de l’Europe. Face à cette limite imposée par l’Allemagne et des pays du nord et de l’est de l’Europe, les Français misent sur un soutien du secteur privé et de riches pays extérieurs, comme ceux du Golfe. L’émir du Qatar, dont le pays préside actuellement le Conseil de coopération du Golfe, a été invité.
Six projets régionaux sont envisagés : la dépollution de la Méditerranée, les « autoroutes » maritimes et terrestres, la protection civile, l’énergie solaire, une université méditerranéenne et un soutien aux PME. Autant de jalons posés pour tenter de répéter, en Méditerranée, « ce qui a été fait pour l’Union de l’Europe, il y a soixante ans », comme l’a espéré M. Sarkozy, le 6 mai 2007.
Source : Le Monde
Article paru dans l’édition du 12.07.08.
