Le Matin d'Algérie

"Paris-Alger, une histoire passionnelle" : les affaires remontent de la Seine

Ce livre écrit par Christophe Dubois et Marie-Christine Tabet édité chez Stock, réunit à peu près tous les sujets qui touchent de près ou de loin l’Algérie et la France.

Il fait beau entre Alger et Paris entend-on depuis l’arrivée d’Abdelaziz Bouteflika au pouvoir. Les affaires sont florissantes entre les deux rives. Pour les entreprises françaises et les dirigeants algériens. Coopération très étroite sur le plan sécuritaire, entente tacite sur la stabilité au Sahel. Cependant rien ou presque n’a changé pour les Algériens. Abdelaziz Bouteflika et François Hollande soignent leurs images par cette idylle politico-économique. N’est-ce pas que pour la première fois un ministre viendra assister à la commémoration le 8 mai des massacres de Sétif.

Raconter les liens entre l’Algérie et la France, comme l’ont fait par Christophe Dubois et Marie-Christine Tabet, c’est plonger dans les affaires, les bouderies politiques, l’actualité brûlante l’émigration algérienne et les affaires française en Algérie. Mais aussi ces ministres qui achètent des résidences de luxe dans des quartiers huppés de Paris et font des affaires au grand désespoir des Algériens désarmés.

Un constat liminaire. « Paris-Alger, histoire passionnelle », cingle Alger plus que Paris. Les chapitres se suivent, et les charges s’accumulent. Il en est ainsi même de la guerre d’indépendance. Les deux grands reporters ne l’évoquent que pour pointer quelques faits d’histoire qui ne jouent pas en faveur d’une Algérie au matin de son indépendance. Paris s’en sort bien. Paris n’a pas sa responsabilité dans son soutien aux différents régimes avec lesquels elle a toujours fait des affaires. En l’espèce, ce n’est pas blanc d’un côté et noir de l’autre. Oubliée la colonisation et ses insupportables violences, ses centaines de milliers de morts, la responsabilité de la France dans la question des harkis.

Il reste toutefois les affaires…

Car ce qui pourrait intéresser, surtout les Algériens, dans cet ouvrage d’investigation ce sont essentiellement les chapitres qui traitent des affaires lucratives de nos ministres dans la capitale française.

Le livre contient en effet quelques pépites sur certains hommes d’Etat algériens. Une semaine après la sortie du livre, aucune réaction n’est venue des ministres algériens nommément cités par les auteurs. Bouchouareb, Amar Saadani, Cherif Rahmani, etc. Tout le monde aux abris, le temps que la tempête médiatique passe son chemin. une vieille ficelle qui a prouvé son efficacité dans d’autres scandales !

Un chapitre concernant la prise d’otage d’In Amenas bat en brèche de nombreuses informations publiées jusqu’à présent. Les auteurs précisent que « les auditions des trois terroristes capturés sur le site par les agents du FBI et par le juge d’instruction algérien chargé de l’enquête, Kamel Ghazali, sont édifiantes ». Un autre raconte le contrat gazier signé entre les deux pays du temps de Chadli-Mitterrand. Le gaz algérien ne représente plus que 10% de la consommation française. Après que l’Algérie eut vaincu le terrorisme, les Français sont revenus en force.

« En 2003, GDF-Suez s’est associé avec la Sonatrach dans le programme TouatGaz. Ce nouveau site gazier devrait entrer en production en 2016. Les Français sont actionnaires majoritaires à hauteur de 68% dans le groupement de TouatGaz. Un investissement de 2 milliards de dollars pour des puits et des réserves de quelque 68 milliards de mètres cubes. En Algérie, le pouvoir en place, qui impose aux entreprises privées désireuses de s’implanter en Algérie un partenaire local à 51%, est plutôt discret sur le sujet », écrivent les auteurs.

Au-delà de ces affaires, l’histoire de ces deux pays est, bien qu’on ne veuille pas l’avouer, est compliquée car nourrie par une colonisation dont les affres sont difficilement avouables en France. Eludés, voire travestis à l’exemple de cette loi (retirée) sur les bienfaits de la colonisation de février 2005.

Le livre est intéressant à plus d’un titre, il lève un coin du voile sur les vases communicants établis ces dernières années entre les deux capitales. Les auteurs ont réalisé un travail fouillé sur ces relations particulières entre Alger et Paris.

Yacine K.

« Paris-Alger, une histoire passionnelle », de Christophe Dubois et Marie-Christine Tabet.

Editions Stock. Prix : 20,50 euros.

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