Abdelaziz Bouteflika lèvera dans quelques heures le grotesque « suspens » autour de sa participation au sommet de lancement de l’Union pour la Méditerranée (UPM) et annoncera qu’il sera bien présent à Paris le 13 juillet prochain. Le président algérien, fasciné par la France et soucieux de trouver de nouveaux supports dans sa quête d’un troisième mandat, ne pouvait rater une si grande messe.
La plaisanterie avait tellement duré que ce sont les Français eux-mêmes, de la bouche du conseiller de Sarkozy, Henri Guaino, dans une interview au Parisien Dimanche/Aujourd’hui en France, qui annoncent que « le président Abdelaziz Bouteflika donnera sa réponse au président Sarkozy lors de leur rencontre bilatérale lundi, en marge du G8 au Japon ».
Comme nous l’avons écrit ici (« Le jeu fourbe de Bouteflika »), la fausse « indécision » à laquelle ont bien voulu croire de brillants observateurs de la scène politique nationale et qu’ont entrepris de relayer d’augustes éditorialistes avec toute la gravité du monde, était de la pure esbroufe.
L’Elysée n’a jamais cru aux deux « réserves » que le président Bouteflika aurait émis, la participation d’Israël et le choix de la date du sommet qui coïncide avec la Fête nationale française, à l’heure où, relevait-on, « la question de la repentance empoisonne les relations algéro-françaises. »
Car de quel Bouteflika parle-t-on ? Si c’est du président qui a reçu Sarkozy en décembre dernier, alors cet homme-là a déjà accepté OFFICIELLEMENT d’entrer dans l’UPM aux côtés d’Israël ; BOUTEFLIKA a renoncé OFFICIELLEMENT à la repentance depuis novembre 2007.
Ce 21 novembre 2007, sur instruction de Bouteflika, le tout nouveau ministre des Affaires étrangères, Mourad Medelci, est chargé d’annoncer deux énormes concessions à Sarkozy. D’abord la renonciation à l’exigence officielle de la repentance de la France pour ses crimes coloniaux, l’Algérie se bornant désormais à « se projeter vers le futur sans effacer le passé. » Ensuite le quitus au projet d’Union méditerranéenne « pour envisager une Méditerranée de paix et de sécurité face à toutes les menaces », applaudissant à « cette idée forte de codéveloppement que le président Sarkozy a abordée, comme par exemple ce projet de mise en place d’une banque méditerranéenne qui viendrait soutenir des projets communs aux deux rives.»
Bouteflika ne pouvait ignorer que participer à l’Union méditerranéenne c’est s’assoir aux côtés d’Israël. Car l’Elysée avait bien précisé, à la veille du voyage d’Alger, que l’Etat hébreu sera membre à part entière de la nouvelle organisation. « L’objectif est bien sûr que l’Union méditerranéenne regroupe tous les pays du pourtour méditerranéen (…) et je vous confirme qu’Israël est bien un pays méditerranéen. » avait affirmé le porte-parole de l’Elysée, le 9 juillet.
Le 12 juillet, c’est Bouteflika lui-même qui applaudit au « rapprochement de vision entre les deux bords de la Méditerranée » dans un message à Sarkozy à qui il rappelle que « nos récents entretiens à Alger nous ont permis de constater la concordance de nos visions et la convergence de nos approches quant aux conditions de réalisation du partenariat d’exception entre nos deux pays. »
De Tunis, Sarkozy exulte. «Je crois que le président Bouteflika est devenu un ardent ambassadeur de l’union méditerranéenne », lâche-t-il, mi-narquois, lors d’un point de presse improvisé.
Un grand boulevard s’offrait à la France sur le sol algérien.
Pourquoi alors toute cette comédie ?
Lié par son pacte avec les islamistes, le chef de l’Etat algérien se devait d’opposer sa « mauvaise humeur » devant l’ancienne puissance colonisatrice et sa « réserve » à l’idée de s’asseoir aux côtés d’Israel.
Mais depuis l’éviction de Belkhadem, on a compris qu’au fond, Bouteflika préfère Effel à Saladin.
L.M.
