Le Matin d'Algérie

Où sont passées les réformes promises en 2011 ?

Le président de la République a promis en 2011 dans un discours télévisé de lancer des réformes profondes que personne n’a encore vu venir.

Tétanisé à l’époque par ce qui venait d’arriver à son homologue de Tunisie, Zine El Abidine Benali, et effrayé par des manifestations récurrentes tout près de chez lui, Abdelaziz Bouteflika panique mais n’abdique pas. Il décide même de s’adresser aux Algériens, les yeux dans les yeux, pour leur promettre des réformes d’abord, avant de leur faire un peu plus tard un aveu qui restera dans les annales de la politique algérienne. «Tab djnana !», déclarera-t-il sans ambages. Tout le monde pense alors que les carottes sont cuites et que l’heure du changement a bel et bien sonné en Algérie aussi.

Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts suspendus de « Constantine, capitale de la culture arabe », et beaucoup de présidents et de rois sont partis, mais l’Homme est toujours là, indétrônable. A croire qu’il y a une force invisible qui n’a pas pu le guérir complètement certes, mais qui lui permet de continuer à faire son chemin contre vents et marées politiques.

Mieux encore, sentant que la direction du vent a changé et que les présidents ne tombent plus l’un après l’autre dans le monde arabe, Abdelaziz Bouteflika met les réformes promises sous le coude et décide dans la foulée de rester au pouvoir en poussant l’outrecuidance jusqu’à briguer un quatrième mandat qu’il remportera dès le premier tour, sans prendre la peine de faire campagne. Du jamais vu !

L’appétit venant en mangeant, tout indique maintenant que le président algérien compte aller jusqu’au bout de sa logique. Il l’a déjà dit une fois, et il n’aime pas se contredire, il veut mourir sur le terrain et avoir des funérailles avec tous les honneurs dus à un chef d’Etat mort dans l’exercice de ses fonctions.

Seule ombre au tableau, Abdelaziz Bouteflika semble être contrarié dans son projet de révision constitutionnelle. Il prépare sûrement quelque chose qui n’est pas forcément du goût de ceux qui peuvent encore lui faire face. D’où ce statu quo plein de suspense mais très préjudiciable au pays.

Enfin, il n’est pas inutile de rappeler qu’en voulant tout gagner, on risque de tout perdre. On peut se réveiller le matin dans une résidence d’Etat et coucher le soir dans une terre d’asile forcé. Blaise Compaoré, le président déchu du Burkina Faso, en sait quelque chose.

Ahcène Bettahar

Quitter la version mobile