« Ce que vous avez vu, ce n’est que le début. Vous n’allez jouir ni de sécurité ni de paix », a averti l’Etat islamique (EI) qui a revendiqué dans un enregistrement sonore l’attentat qui a fait 23 morts, dont 20 touristes étrangers, mercredi au musée du Bardo à Tunis.
Par Hassane Zerrouky
Il l’a qualifié d' »attaque bénie contre l’un des foyers des infidèles en Tunisie musulmane » menée par « deux chevaliers du califat, Abou Zakaria al-Tounsi et Abou Anas al-Tounsi ». Mais rien n’indique si ces deux hommes appartiennent à l’EI, à Ansar chariâa ou aux katibates Okba ibn Nefaa, la branche tunisienne d’Al-Qaida. Rien ne prouve non plus que l’EI du calife autoproclamé Abou Bakr al Baghdadi dispose de ramifications en Tunisie. Et ce, même si ce pays est aujourd’hui considéré comme le premier pourvoyeur de djihadistes au monde : ils sont plus de 3000 Tunisiens partis combattre en Syrie et quelques centaines en Libye. Selon des médias tunisiens citant des sources sécuritaires ils seraient plusieurs centaines à être rentrés en Tunisie. Abou Iyad, le chef d’Ansar chariâa avait en effet appelé en 2012 les djihadistes tunisiens se trouvant en Syrie à rentrer au pays pour « défendre la révolution ».
Toujours est-il que c’est par de telles actions que des groupes djihadistes ont annoncé leur allégeance à l’EI du calife autoproclamé Abou Bakr al Baghdadi. En témoignent les exécutions d’Hervé Gourdel en Algérie et des coptes en Libye qui se veulent autant d’actes sanglants s’inscrivant dans une stratégie – le mot est sans doute un peu fort – de territorialisation des djihadistes se réclamant de l’EI. Y parviendront-ils ? Le doute reste permis.
Après cet attentat, le plus meurtrier depuis celui perpétré à Djerba en avril 2002 (19 morts), la vraie question en fait est de savoir si la Tunisie va sombrer dans un cycle de violences. Il faut d’abord rappeler que les commanditaires de l’attaque contre le musée du Bardo visaient l’un des secteurs clés de l’économie tunisienne, le tourisme, lequel emploie 400 000 personnes et en fait vivre plus de deux millions. Dans un pays déjà fragilisé par une sévère crise sociale, une économie en berne et le poids de la dette (plus de 45% du PIB) et où le FMI conditionne son aide de 1,7 milliard de dollars (une misère) à des mesures d’austérité sévères (réduction des dépenses sociales, des subventions aux denrées de base, du train de vie de l’Etat…) avec en toile de fond un chômage dépassant les 20% et une pauvreté qui progresse, l’attaque terroriste ne vise rien de moins qu’à provoquer le chaos.
Il n’empêche, malgré la gravité de la crise sociale, les vives tensions des années 2012-14, les assassinats de deux dirigeants progressistes – Chokri Belaid et Mohamed Brahmi – et les tentatives d’imposer une constitution d’inspiration religieuse, la Tunisie a réussi à se doter d’une Constitution où l’islam n’est pas la religion de l’Etat, à élire un Parlement où les islamistes donnés vainqueurs sont arrivés derrière Nida Tounès et à faire élire un président de la république. Le tout démocratiquement et sans violences. De ce fait, il est permis de penser que l’attaque du Bardo, venant après les multiples actes terroristes visant les forces de sécurité dans l’ouest tunisien, visent à casser le processus démocratique en cours.
Cette violence terroriste intervient également dans un contexte de début de reprise d’une vie normale où, après les trois années de tensions ayant suivi la chute de Ben Ali, les Tunisiens commençaient enfin à se concentrer sur leurs problèmes, à en débattre, à trancher les différents socio-politiques de manière démocratique. C’est ce qui gêne les islamistes et leurs commanditaires, certains cercles occidentaux et leurs relais dans le monde arabe et maghrébin, que ce processus démocratique dérange.
Mais le rêve est permis. La réaction de la société tunisienne et le fait que le Forum social mondial (FSM) aura quand même lieu, sont la meilleure des réponses à la menace terroriste.
H.Z
