Le Matin d'Algérie

Diaspora algérienne, entre déportation et Moh prend ta valise !

L’immigration n’est pas un choix, demeure un acte de survie, de résistance et de rébellion. (Brahim Gater)

Ô Emigrant ou vas-tu ? Finalement, tu dois revenir

Combien de gens ignorants ont regretté cela avant toi et moi.

(Ya rayah win msafar trouh taâya wa twali

Ch’hal nadmou laâbad el ghaflin qablak ou qabli)

(Dahmane El-Harrachi, paix à son âme)

En hommage à ces grandes icônes de la chanson algérienne tranchées dans le monde de la diaspora. elles sont reconnues et respectées pour leur génie par la société des nations et les cercles des arts, leurs productions artistiques et littéraires sont traduites dans plusieurs langues et cultures, font partie de notre patrimoine culturel et font honneur à notre pays, ces hommes et femmes ont défié le déraisonnable de nos politiques par leur amour à la patrie, par leur attachement aux valeurs humaines et par leur respect à notre peuple.

Par ailleurs, Ils ont vécu l’amertume de la privation de la terre natale, la déportation par les pouvoirs du colonialisme et ceux de l’indépendance, l’exclusion sociale, l’interdiction de séjours pour raison d’opinion et la censure à la limite de l’arbitraire par le pouvoir de Boumedienne et sa politique du tristement célèbre Kararna. Un pouvoir qui a muselé le peuple pour le réduire à l’état esclavagiste intellectuel et coloniser sa liberté d’expression.

Ces grandes voix formatées dans notre mémoire collective, ont évolué dans les parcours forcés de l’exil, dont Slimane Azem, Cheikh Nourredine, Cheikh El Hasnaoui, Mohamed Mazouni, H’nifa, Aït Farida, Bahia Farah, Houcine Slaoui, Dahmane El Harrachi, Akli Yahiaten, Kamel Hamadi Mohamed Jamoussi, Missoum, Salah Saâdaoui, Idir et tous ces autres qui continuent à se produire sur les grandes scènes de toutes les régions du monde et à apporter du bonheur et de la nostalgie à notre diaspora ; le café de Barbes de Paris, la rue Jean Talon de Montréal et Finsbury Park de Londres,le quartier chinois de Barcelone en Espagne, la place du marché Maddalena à Naples en Italie, etc.

L’exil est aussi chanté par leurs confrères qui sont restés en Algérie, confinés dans l’interdiction de parler le langage du peuple, soumis à la répression du régime dictatoriale d’Alger en l’occurrence El-Hadj M’hamed El Anka, Matoub Lounes, Baaziz, Lotfi Double Kanon et leurs pairs.

Les paroles sages de nos artistes illuminent notre quotidien et offrent un enseignement éducatif, politique et patriotique aux enfants du peuple. Ces immortels représentent notre Algérie sincère et pure, ces citoyens authentiques portent notre pays dans le coeur et ils le chantent avec amour. Tandis que, ces autres puisent dans les richesses de notre Algérie sans aucune vergogne et s’attachent au pouvoir jusqu’à la dernière minute de leur vie. Ces personnes chutent dans le réceptacle de l’histoire le jour de leur fin et ne restera de leur pouvoir qu’un tombeau marbré et facturé sur le trésor public.

Notre diaspora est accueillie à l’aéroport d’Alger sous l’identification de « z’magras », Ils nous accusent d’être responsables de la dévaluation du dinars, de l’inflation en Algérie, de la dégradation de l’environnement social, culturel et politique. Sur cet axe, nous sommes accusés d’être des vecteurs de la démocratie, de la modernité, de la francophonie, de la science et de la technologie et finalement des « mouchaouichines ». Par ailleurs, Nous trainons constamment l’invitation de ces pays d’adoption pour abandonner notre résidence à la baguette de (Moh prend ta valise) et à tout moment nous pourrions se désinscrire de nos droits de sol.

Slimane Azem

Face à la montée des courants d’extrême droite et à la flexibilité politique de l’extrême gauche, notre diaspora est prise dans l’étau de la défense de l’identité nationale, celle de l’insécurité et de la protection de la main-d’oeuvre nationale. Nous sommes à l’intersection du questionnement, et notre devoir est de revenir à nos sources et à nos droits de sang pour lesquels des millions de nos chouhadas sont morts.

Nous sommes responsables et nous serons jugés pour la déperdition de nos enfants car nous représentons le lien incontestable et la courroie de transmission de la patrie avec toutes les générations nées sous le chapiteau de l’immigration.

La diaspora algérienne est née de l’échec incontestable de la gestion des affaires politiques, économiques, culturelles et sociales de l’Algérie indépendante. Ces pouvoirs de l’incompétence ont pillé et vidé notre pays de toutes ses substances, continuent à pousser les enfants du peuple à quitter la terre de leurs ancêtres par l’instauration d’un climat de terreur, du non-droit, de l’incertitude et par l’ouverture sous la couverture des services de l’Etat des cabinets d’immigration chargés de déporter en masse nos compétences pour peupler d’autres territoires. Le pouvoir de Bouteflika signe une loi-cadre pour prendre en charge le retour de nos corps sans vie dans le cadre de sa politique de bienfaisance.

L’immigration n’est pas une joie et ne représente pas une réussite certaine. Elle est un sacrifice incommensurable et se termine par une usure physique et morale à la limite de l’inconscience et de l’usure de nos forces.

Ma ad tedduḍ ad nṛuḥ, A Muḥ a Muḥ

Temẓi-inu tṛuḥ d akweṛfi

Deg Metro daxel uderbuz

Lpari tahkam fell-i

Waqila tesεa leḥruz (Slimane Azem, paix à son âme)

Une chanson de Slimane Azem, pour décrire la dureté de l’immigration, une immigration confinée dans des tunnels et des souterrains. Il chante le fait qu’il a promis de revenir un an après son départ voire deux au maximum. Et finalement, il est resté 10 ans sans nouvelles.

Brahim Gater

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