Le Matin d'Algérie

Enseignants, traîtres et terroristes ?

« Il est vrai, la grève est un acte terroriste et les enseignants grévistes sont des traitres. Ils ont trahi leur devoir et le pays »

Ce ne sont pas là mes propos mais ceux d’une femme, censée être journaliste d’un journal arabophone, dont la mission première, aurait consisté à informer objectivement un lecteur désorienté par tout ce qui se dit et se fait autour de lui, dans ce pays meurtri.

Au fil de ma carrière et il ne me reste pas beaucoup à la retraite, l’ingratitude a toujours été le maître mot dans ce secteur mis à genoux. Mais je n’ai, à aucun moment, pensé que je finirai mon parcours par être taxé de traitre et de terroriste ! Ces derniers sont ailleurs et n’ont jamais été inquiétés Madame !

Terminer un écrit par un jugement aussi sévère et infondé relève de la désinformation. Ou, vous voulez Madame, reprendre ce train que vous avez raté et peut être, regretté par votre engagement, qui ne s’avère plus payant, dans les présidentielles de 2014 ? Comment osez-vous Madame accuser de traitrise et de terrorisme celui qui, un jour, vous a appris à user d’une plume que vous trempez aujourd’hui dans le venin ? Avez-vous au moins essayé de comprendre ce qui se passe dans ce secteur ? Pourquoi ces grèves à répétition ? Avant de déverser votre haine et votre mépris sur celui, qui, un jour, vous a appris à user d’une plume que vous trempez aujourd’hui dans le venin pour faire de lui un tremplin ?

Je le dis haut et fort, le ministère et les syndicats, ayant appelé à la grève, sont condamnables. Comment un syndicat engage à chaque fois les enseignants dans une grève illimitée qui se termine par la signature d’un papier et il sait pertinemment, qu’il sera obligé d’appeler à une autre grève, illimité de surcroit, afin de demander l’application de ses clauses ? Et comment un état qui se respecte à chaque fois diffère la mise en route d’un engagement pris, en créant des embûches bureaucratiques ou des prétextes que personne ne pourrait comprendre ? Est-ce que tout cela entre dans un processus de déstructuration de l’école et qui a fait son long chemin ?

Comparer Madame, l’enseignant actuel à celui de la période postindépendance relève de l’illogique et de l’insensé. Aujourd’hui, l’éducateur, comme tout autre algérien d’ailleurs, a sous les yeux ce gaspillage de ses richesses, ces innombrables scandales, ce gâchis dans un pays trahi où tout un chacun semble retrouver son compte. Pourquoi pas lui, qui pourtant ne demande que de vivre avec ce semblant de dignité que vous vous permettez de lui ôter ! Comment osez-vous Madame accuser de traitrise et de terrorisme celui, qui un jour, vous a appris à user d’une plume que vous trempez aujourd’hui dans le venin pour en faire un tremplin afin d’arriver à vos fins ?

Honnêtement Madame, les problèmes de l’école sont ailleurs. Ayez le courage de faire votre travail de journaliste en poussant vos investigations un peu plus loin pour comprendre pourquoi on en est là : Une école qui ne joue plus son rôle, décriée par les institutions internationales, la sommant de s’occuper de la qualité puisqu’elle ne produit que la médiocrité. Contribuez Madame, à lui redonner cette place qui était la sienne. N’enfoncez pas encore un peu plus ces enseignants intègres et agonisants et Dieu sait, que malgré tout, il en existe. Ne le devons-nous pas à nos enfants ? Ceux qui n’ont d’autre alternative que cette école-là ? Chèrement payée par nos valeureux martyrs que nous, enseignants agonisants, oserons regarder dans les yeux parce que nous ne les avons pas trahis.

Un enseignant accusé à tort de terrorisme et de traitrise

Z. Lotfi

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