Le calendrier libyen s’accélère au grand désespoir des autorités algériennes qui se démènent pour éviter une deuxième intervention militaire en moins de quatre ans.
Deux gouvernements éloignés géographiquement et idéologiquement et un pays. En Libye, les dés sont pipés et l’échafaudage d’une énième guerre s’annonce à nos frontières. Bernardino Leon, le représentant spécial de l’Onu, s’échine depuis des mois à faire réunir les différentes factions armées autour d’une table. Il y a eu une première rencontre à Genève, puis une deuxième à Ghadamès. Sans grandes avancées toutefois.
Fajr Libya, Ansar Echaria, l’Etat islamique et son lugubre drapeau noir, les milices de Misrata, l’émirat de Derna, Karama du général Haftar, dans le djebel Nefoussa, les tribus amazighes refusent de s’engager avec le général Haftar et rejettent les djihadistes… la Libye est devenue une poudrière, elle s’éclate en petits morceaux. Depuis quelques mois, l’existence même du pays dans ses frontières actuelle qui est menacée.
L’anarchie comme mode de gouvernance en Libye s’est mue en terreur. La mise en scène de l’égorgement des coptes égyptiens par les fous de l’Etat islamique va peut-être offrir un prétexte de premier ordre aux tenants de l’interventionnisme d’arriver à leur fin. L’assassinat de masse des chrétiens d’Egypte a donné lieu à une intervention militaire égyptienne qui a bombardé Darna, une ville sous le contrôle des djihadistes de l’organisation de l’Etat islamique. En vrai, la tuerie de dimanche n’est qu’un prétexte, un de plus. Car Le Caire a déjà envoyé ses avions pour bombarder les positions djihadistes il y a quelques mois.
Il faut rappeler ici que l’absence de l’Etat avec ses démembrements administratifs moderne n’est pas étrangère à la situation actuelle. Ce facteur n’est inévitablement la seule raison du chaos actuel. Cependant, il faut signaler la puissance du lien tribal qui irrigue la scène politique. Mais aussi, il ne faut pas oublier aussi la montée d’un puissant mouvement islamiste aidés financièrement par les pays du Golfe comme le Qatar et l’Arabie saoudite. Si l’on ajoute les mains assassinent qui tirent les ficelles à distance, ce sont autant de paramètres qui ne facilitent pas la tâche des défenseurs de la négociation.
Intervenir avec les risques d’une afghanisation du pays ou laisser faire les milices s’entretuer avec une forte probabilité que les djihadistes prennent le contrôle de tout le pays ? La France, qui a été à l’origine avec la Grande Bretagne de l’élimination du régime des Kadhafi veut reconduire une autre attaque. L’Italie dont les côtes sont proches a fait savoir sa volonté d’envoyer des troupes sur le sol libyen. L’Egypte et les Emirats ont déjà mis un pied dans le conflit libyen. Al Sissi qui vient de signer l’achat de 24 Rafale avec la France Même les Etats-Unis parlent presque d’une seule voix : intervenir militairement pour chasser les djihadistes. Les autorités algériennes, elles, préfèrent la voie du dialogue. Seul contre tous. Avec son millier de kilomètres de frontières avec la Libye, elle n’ignore pas qu’une intervention occidentalo-arabe aura des conséquences directes sur la sécurité du pays.
Alger réussira-t-il cette fois, contrairement à 2011, à empêcher l’intervention occidentale ? Peu sûr quand on sait que les radars d’Alger sont dirigées des méthodes des années 1970. Paramètre important à ne pas oublier. Restera pour l’Algérie la Russie comme soutien. LE trublion Poutine pourrait s’inviter dans le conflit. Car si l’initiative devait se faire sous la bannière du conseil de sécurité de l’Onu, il est fort probable que la Russie de Poutine oppose son véto à l’opération.
En attendant, le gouvernement provisoire est réduit à la clandestinité. La Libye de 2015 est un pays qui est complètement déstructuré où chaque tribu tente de garder son indépendance en s’armant pour assurer sa sécurité.
Hamid Arab
