La France perd son âme en décidant de décorer le patron du contre-espionnage marocain pourtant visé par des plaintes pour torture déposées à Paris, a déclaré samedi à l’AFP Patrick Baudouin, avocat d’un plaignant.
La moindre des prudences est de ne pas accorder une telle décoration à quelqu’un qui fait l’objet d’une enquête pour des faits aussi graves, a réagi Me Baudouin, également président d’honneur de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH).
Les masques « droits de l’hommistes » tombent, les victimes savent maintenant de quel côté penche l’Etat quand il est question de torture, a affirmé pour sa part Me Joseph Breham, qui représente d’autres victimes présumées de torture au Maroc.
En visite au Maroc, le ministre français de l’Intérieur a annoncé samedi qu’Abdellatif Hammouchi, patron de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST) marocaine, déjà chevalier de l’ordre de la Légion d’honneur depuis 2011, serait bientôt élevé au rang d’officier, au nom de l’estime du gouvernement français.
Le Maroc et la France viennent de se réconcilier après une année de brouille née justement du dépôt de plaintes à Paris pour torture contre Abdellatif Hammouchi. Une enquête de la justice française est en cours.
Décorer Abdellatif Hammouchi dans ces circonstances me paraît un véritable scandale, une honte pour la France, a insisté Me Baudouin, qui défend l’ancien champion de kickboxing Zakaria Moumni, condamné et détenu pendant 17 mois au Maroc entre 2010 et 2012.
C’est avilissant pour la France d’avoir cédé dans le cadre d’un deal passé avec les autorités marocaines pour permettre un rétablissement de la coopération militaire et sécuritaire. C’est une façon de perdre son âme, a estimé l’avocat. Selon lui, il est difficile d’apparaître ensuite comme un pays qui vante partout le respect des droits de l’homme. La coopération judiciaire entre Paris et Rabat n’a été rétablie que fin janvier, à la faveur d’un accord entre les deux gouvernements.
AFP
