Le président Abdelaziz Bouteflika multiplie les réceptions au profit des représentants étrangers et tourne le dos à l’Algérien.
C’est un chef d’Etat très en verve que les mordus de l’ENTV doivent découvrir ces derniers jours. A la bonheur ! s’exclament les soutiens du pouvoir. Mais il y a un hic quand même. Car derrière les images muettes et diablement encadrées de l’ENTV, il y a un président aphone qui se donne l’air d’un homme soucieux de la marche du monde. Mais pas seulement. Elles tranchent avec le mépris souverain que cultive le chef de l’Etat envers les Algériens. Tous les observateurs auront remarqué qu’Abdelaziz Bouteflika ne s’adresse plus à son peuple. Ne communique plus avec lui directement si ce n’est au travers de communiqué indigeste lus par de tierces personnes.
L’homme ne reçoit aucune personnalité de la société civile. Ni d’hommes politiques. La presse algérienne est tout simplement bannie du pré-carré présidentiel. Hormis bien entendu les quelques journalistes de la presse française qui avaient accompagné l’ancien premier ministre Jean-Marc Ayrault, lors de sa rencontre avec le président dans sa résidence de Zéralda.
A bien observer les quatre mandats d’Abdelaziz Bouteflika, on se prend à croire que le président n’arrive pas à se défaire de ses habits d’ancien ministre des Affaires étrangères, poste qu’il a occupé pendant une bonne quinzaine d’années. Ces années semblent l’avoir façonné à jamais.
De fil en aiguille, il est une évidence que tout un chacun peut constater. Le chef de l’Etat vit loin, très loin des réalités et des problèmes auxquels sont confrontés ses concitoyens. Reclus au sein du palais de Zéralda qui tient lieu de présidence bis, les visiteurs se font rares, très rares. Ils se résument aux chefs d’Etats et premiers ministre étrangers, et quelques proches collaborateurs du clan : Abdelmalek Sellal, Gaïd Salah. Même ses plus défenseurs les plus zélés comme Amara Benyounès, Amar Ghoul, Louisa Hanoune, Sidi Saïd, ne le rencontrent plus. Un filtrage strict est opéré par le maitre des lieux : Said Bouteflika. En matière de lecture des problèmes du pays, il est peu probable que ces huiles soient à même d’avoir cette profondeur de vue permettant de donner quelque espoir de changement notable.
Ce qui nous amène à dire que cette agitation est fort trompeuse. Elle cache mal une autre réalité, politique et économique celle-là. Elle peine à camoufler en effet l’insupportable paralysie qui glace la scène politico-économique algérienne. Car derrière ce ballet diplomatique c’est tout un pays qui n’arrive pas à trouver des solutions concrètes de lancement économique. Encore moins une vraie dynamique d’ouverture démocratique. Aucun des chantiers de réformes évoqué n’a connu un début.
Sous le règne de Bouteflika tout est en trompe-l’œil en somme. Le pays semble vivre dans l’attente. Suspendu à des lendemains incertains et au prix du baril de pétrole.
Yacine K.
